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(5) Psychothérapie intégrative et psychosomatique : une histoire

Psychosomatique et accompagnement thérapeutique (5)

vendredi 28 août 2015, par Pascale SORIA

Il était une fois, il y a quelques années....Hélène est une jeune femme de 27 ans qui porte le bras en écharpe depuis son adolescence. C’est sa cousine qui me téléphone et amène Hélène au RdV. J’avais au préalable demandé qu’Hélène m’appelle elle-même pour m’assurer de sa demande. Elle vient en « trainant les pieds »…La cousine se plaint du fait qu’elle est obligée de s’occuper beaucoup d’Hélène (à cause de son bras en écharpe) et qu’elle aimerait bien que cela cesse !

L’histoire d’Hélène
Hélène met son bras en écharpe bien serré pour le maintenir et l’empêcher de bouger depuis de nombreuses années. A l’âge de 7 ans, elle commence à avoir des symptômes de type contractures et torsions du bras qui sont involontaires, spontanées. L’anamnèse permet entre autre d’identifier qu’elle a perdu sa grand-mère dans un accident quelques temps avant le début des symptômes. Cette grand-mère présentait elle-même un handicap au niveau d’un bras. Cet élément, au détour de l’entretien, provoque une sorte « d’insight », car Hélène n’avait jamais fait ce lien auparavant. Elle dira plus tard qu’elle a « peut-être pris ça de sa grand-mère pour ne pas l’oublier ».
Elle ne se remet pas de la perte de sa grand-mère qui était pour elle sa personne ressource. Le deuil reste compliqué bien que les années soient passées….Ses sentiments vis-à-vis de sa grand-mère sont ambivalents. Elle s’en veut de ressentir une énorme colère vis-à-vis de son aïeule, qui l’a laissée et abandonnée…elle aussi. Car Hélène s’est toujours sentie « abandonnée » par ses parents. Sa mère passe son temps à travailler et son père préfère sa sœur ainée. Elle dit ne pas aimer sa sœur qu’elle jalouse secrètement. Elle se montre pourtant très protectrice vis-à-vis d’elle.
Pendant toute son enfance, Hélène a honte de ce bras, et ressent aussi de la solitude, elle se souvient notamment des railleries et moqueries de ses pairs à l’école. De plus, aucune explication médicale ne vient rassurer.

Hélène aujourd’hui
Hélène a, lorsque je la rencontre, beaucoup d’agressivité, se sent vite agacée, nerveuse, persécutée, ses gestes sont secs et son débit rapide. Elle semble contenir une rage alternant avec des plongées dépressives qui lui ont valu 2 hospitalisations en psychiatrie. Elle prend un traitement anxiolytique et antidépresseur. Elle est très cohérente dans ses propos et possède une intelligence vive.
Son attitude est très stricte, elle présente une rigidité généralisée, à l’instar de son bras maintenu en écharpe. Sa présentation est impeccable, elle est « très propre », super bien habillée, coiffée, maquillée. Rien ne dépasse ! C’est à se demander comment elle arrive à ce résultat avec un seul bras….
Sa vie quotidienne est organisée autour de ce bras qui l’obsède. Elle ne s’autorise aucune sortie divertissante, ne fait pas les courses toute seule et ne veut pas conduire (alors qu’elle a le permis). Elle n’a évidemment pas de petit ami. Elle ne peut même pas l’imaginer. Elle travaille dans une entreprise qui apparemment accepte son invalidité sans trop de difficultés ni trop de questions. Mais Hélène vit mal cette situation car elle a le sentiment que tout le monde la regarde de travers à cause de son bras.

Brève histoire médicale du bras
Durant l’enfance, ce bras fait ses siennes, et Hélène entretient avec lui un sentiment d’étrangeté, un rapport de rejet et de honte. Elle a des souvenirs très précis d’humiliation, lorsque son bras commençait à se tordre et se contracter. Aucun médecin ne comprend ce qui se passe.
Puis à l’âge de 16 ans, Hélène fait une série de tests très pointus, et le diagnostic est enfin posé. Il s’agit d’une sorte de dystonie, très rare et d’origine génétique. Un traitement symptomatique est prescrit, les signes disparaissent et elle reprend un usage normal de son bras.

C’est la fête ! Et la défaite…
Hélène se sent libérée, elle met cette histoire dans une boite fermée à double tour, et commence à croquer la vie à pleine dents. De 16 ans à 19 ans, elle « s’éclate » rattrape le temps perdu, s’amuse et sort beaucoup. Elle vit une véritable lune de miel avec elle-même et ses potes. Elle passe le permis.
Puis, au cours de vacances à la montagne, elle oublie son traitement et son bras recommence à faire des siennes. Elle a le souvenir très précis du moment où le symptôme reprend. Elle est en compagnie de ses amis et elle vit une honte terrible, elle a le sentiment que la terre s’effondre sous ses pieds. Le retour du symptôme est rude à vivre, inacceptable et menaçant. Depuis ce jour, et malgré la reprise du traitement et l’arrêt des symptômes à nouveau, elle reste bloquée sur ce problème, le perçoit comme une menace permanente. Elle se referme sur elle-même et sa vie se limite au maximum à ses nécessités absolues, sous une épée de Damoclès. Les épisodes dépressifs démarrent.

La thérapie
Hélène me dit que si physiquement les symptômes sont stoppés avec le traitement, psychologiquement sa représentation est toujours pathologique. L’image du corps est en effet perturbée et elle ne perçoit pas son bras tel qu’il est, c’est-à-dire tout à fait « normal » et fonctionnel.
Il est difficile au cours des premières séances de thérapie de faire émerger la demande et l’objectif d’Hélène, il y a beaucoup d’objections à résoudre ce problème de bras. Elle me parle essentiellement du passé ; elle identifiera assez vite qu’elle a bénéficié de certains avantages, notamment de l’attention de sa mère qui s’inquiétait quand même pour elle « au moins pour ça ! ». La relation à son père par contre était encore plus compliquée au fur et à mesure qu’elle grandissait, elle ne se sentait pas valorisée. Il restait très fusionnel avec sa sœur, et ne lui renvoyait rien à elle : une image ni valorisée, ni dépréciée ; juste cette indifférence qui était pire que tout selon elle. Sa rage, notamment pour les hommes, revient souvent, et elle en identifie petit à petit les racines.

Hélène contacte ses émotions
Au fur et à mesure sa coquille s’ouvre et son armure se fissure ; elle contacte, sous la colère, le chagrin lié au décès de sa grand-mère, et après quelques séances autour de cet évènement, la douceur commence à remplacer la rudesse et la rigidité. Elle contacte sous la rage vis-à-vis de son père la déception terrible d’un père absent, puis petit à petit l’acceptation et un début d’appréciation. Son évaluation se modifie : « il y a quand même eu quelques bons moments avec lui » dira-t-elle. Elle contacte sous la jalousie envers sa sœur la solidarité et l’amour qu’elle lui a systématiquement refusé alors que sa sœur tentait des rapprochements. Elle a contacté sous la colère et l’humiliation de son enfance le désespoir de ne pas être comme les autres et avec les autres. A chaque fois des expériences correctrices grâce à la relation thérapeutique et à des outils techniques ont été réalisées.

L’alliance thérapeutique
L’alliance thérapeutique est excellente tout le long de la thérapie, et je sens qu’avec Hélène, il est utile de prendre son temps. Elle a besoin de se sentir contenue pour « y aller », accompagnée dans la bienveillance et la patience. Elle met à l’épreuve très souvent, par des oppositions systématiques et des rejets fréquents. Elle a tendance à la moquerie. Le jeu de miroir opère et elle identifie alors ses projections. Elle agit de la même manière que ses pairs ont agi envers elle dans le passé, alors même qu’elle a détesté ces comportements. Elle entrevoit ses défenses et commence à les assouplir…

L’art et la thérapie : cuisine, peinture, danse et autre…
Quand je démarre une thérapie, j’ai mes outils et approches de base à disposition. Comme quand je vais cuisiner, j’ai mes basiques, tant dans les ingrédients que dans les ustensiles. Il me serait difficile de faire avec autre chose pour démarrer !
Mes basiques sont l’humanisme et l’intérêt pour la psychologie évidemment, la PNL et ses postulats ainsi que l’approche centrée sur la personne. Si j’ai eu la grande chance pour la PNL d’avoir suivi une formation impeccable et de grande qualité, et qu’elle est toujours à la base de mon interaction, l’approche centrée sur la personne me permet de ne pas démarrer trop vite sur les « techniques ». Et puis après, c’est la créativité selon ce qui se joue dans l’instant avec la personne et le chemin que prend la thérapie. Comme le dit Alain Gourhant : « La psychothérapie est un art. Comme un peintre, le thérapeute se laisse inspirer par son sujet, en l’occurrence son client ». Je « danse » avec l’autre, et je guide. Au départ, ma position est basse. J’apprends de l’autre. Je ne sais rien, j’ai tout à apprendre de son modèle du monde. La posture du thérapeute dans l’ACP permet vraiment cela, et la PNL (avec ses présupposés et ses outils fabuleux) est d’une élégance impeccable. Puis, à un moment donné, quand c’est le moment, je « prends le pouvoir », non pas dans le sens de « l’égo » évidemment, mais dans le sens « chamanique ». Car, si la personne est là, c’est bien qu’elle n’y arrive pas toute seule et après m’être assurée qu’elle demande le changement, alors je guide le processus. C’est là que l’ACP trouve selon moi sa limite et que les outils de psychothérapie intégrative sont utiles. Voici en (très) résumé ceux que j’ai utilisés

Les approches et outils
L’approche psychodynamique et l’approche cognitive ont permis d’identifier les schémas dysfonctionnels d’Hélène et ses mécanismes de défenses. Elle a identifié ses projections, ainsi que des répétitions de scénarios. Elle comprend ses implications et prend sa responsabilité dans ses échecs relationnels. Elle a établi des liens entre ses comportements actuels et son passé.Elle identifie son modèle du monde et ses croyances profondes.
Des exercices de TCC (colonnes de Beck, assertivité) lui permettent d’affiner son auto-observation. Nous faisons également des jeux de rôles pour développer l’affirmation de soi, l’affiliation et l’humour.
De nombreux recadrages ont permis d’assouplir des distorsions cognitives, notamment des généralisations, des causes à effet, une pensée dichotomique et des opérateurs modaux (je dois/il faut) PNL et TCC
L’EMDR a permis de traiter les traumatismes identifiés.
L’EFT a permis de gérer les situations émotionnellement perturbantes, et le réencodage a permis de remodeler les expériences traumatiques et d’installer de nouvelles croyances
Le clean language, l’utilisation de métaphores et la correction de certaines sous-modalités (PNL) a permis de modifier des représentations limitantes et de les faire évoluer vers plus de liberté en multipliant les choix (comportementaux/émotionnels, cognitifs).
La relaxation et l’hypnose ont permis à Hélène de s’unifier en réassociant toutes ses parties corporelles. L’image du corps s’est harmonisée.
Méditations et exercices de cohérence cardiaque étaient prescrits pour s’entrainer à la maison. Ainsi que des marches/promenades régulières, afin qu’elle retrouve de la mobilité et un mode de vie plus favorable. A chaque marche, elle avait une petite tâche à effectuer (actes « psychomagiques »). C’était très sérieux, ça faisait partie de son processus de « guérison ». La prescription de tâche se faisait à chaque séance et était souvent surprenante et inattendue.
Les TCC ont également permis de réinvestir la vraie vie par des exercices d’exposition aux situations anxiogènes qu’Hélène ne se sentait plus capable d’affronter.
Reparentage, réimprinting et changements d’histoire en PNL ont permis d’installer des ressources dans le passé pour un développement plus harmonieux. Elle a « retexturé » et remodelé son passé. La ligne du temps a été redessinée et « colorée ».
Une reconnexion avec sa grand-mère puis une procédure du pardon ont permis de libérer Hélène et sa grand-mère des liens limitants, pour laisser place à l’Amour.
Tout roulait bien…..mais quelques temps avant la fin de la thérapie, Hélène a commencé à se « décomposer » me disant qu’elle n’aurait jamais imaginé pouvoir guérir de tout ça. Et elle rajoute : « mais alors maintenant, à quoi je vais penser si je ne pense plus à mon bras ? ». Cette obsession remplissait tellement son champ qu’elle n’arrivait pas à imaginer autre chose. Des élixirs floraux ont été utilisés, et la construction d’objectifs, l’identification de ses valeurs et des rangements sur la ligne du temps (PNL) lui ont permis de lâcher ses obsessions pour aller vers ce qu’elle arrivait désormais à désirer. La construction peut se faire à tout âge…
Une collaboration avec son médecin psychiatre a permis de diminuer le traitement médicamenteux puis de le stopper. J’ai proposé un relai temporaire en phytothérapie et produits de santé naturels. J’en avais informé le médecin qui n’était pas contre.

La thérapie d’Hélène s’est déroulée sur 30 à 35 séances environ. A l’issue, Hélène a totalement résolu son problème de bras et son fonctionnement psychologique était beaucoup plus flexible. Les épisodes dépressifs ne sont pas réapparus depuis. Elle se montrait petit à petit bien plus « cool » dans ses vêtements et son attitude. On avait bien plaisanté avec cela. Je lui demandais de venir dans des tenues un peu débraillées et surtout pas maquillée. Le look était alors parfois détonnant et les cheveux en pétard…..Elle osait !
Bien sûr, elle reconduisait, faisait ses courses seule etc….Au cours de notre dernière séance, elle est sortie en ouvrant bien grand les bras. Elle m’a dit qu’elle ouvrait les bras à la vie. Aux dernières nouvelles, elle est mariée et a un enfant. Elle peut prendre son mari et son enfant librement dans les bras. Elle ne prend plus aucun traitement psychoactif.

Comment s’est fait le choix des techniques ?
La succession des approches utilisées pourrait faire penser à une galerie de techniques ou à un bricolage au jour le jour. Toute la richesse ou la limite de l’approche intégrative trouve sa frontière ici. Qui l’utilise et comment ? Est-ce bien intégré ou est-ce une accumulation de petites choses à moitié intégrées et aussi vite régurgitées ? Finalement, c’est la compétence du thérapeute qui fait la différence ainsi que sa bienveillance et sa congruence ; son parcours didactique et son expérience personnelle et professionnelle. L’attitude pragmatique ne dispense pas d’un background théorique conséquent pour qui veut « aider les autres » dans un cadre professionnel.
En réalité, le fil de la thérapie déterminait le choix de la technique qui s’avérait la plus pertinente dans l’instant. L’étayage qui tient le tout est la relation thérapeutique. Lorsque le rapport de confiance est là, l’outil est au service du changement proposé. Personnellement, j’apprécie d’avoir un certain nombre de « techniques » à disposition, elles me permettent une créativité et un ajustement adaptés, que ce soit aux différentes personnes qu’à la complexité des problématiques amenées.

Bref regard « psychosomatique »
Le déclenchement du symptôme suite au décès de la grand-mère d’Hélène est une coïncidence qui pose question, en effet la génétique ne détermine pas tout. Sur la "guérison", on peut observer que le médicament qui supprime le symptôme ne peut rien résoudre à l’image du corps et aux problématiques psychologiques corrélatives au symptôme ; problèmes que la psychothérapie est venue améliorer.

Epilogue
Quelques semaines après la thérapie, Hélène m’a appelée pour me dire que sa cousine allait mal (vous savez la cousine du début de l’histoire). Elle n’allait déjà pas fort depuis quelques mois, et à la fin de la thérapie elle lui a dit : « maintenant que tu es guérie, tu n’as plus besoin de moi ». La demande de départ pour la thérapie d’Hélène émanait pourtant bien de la cousine ! Ah….Codépendance quand tu nous tiens ! Notamment quand on sait que la cousine avait soigné sa propre mère une bonne partie de sa vie car elle présentait des troubles divers. Elle était décédée, et cette cousine s’était ensuite occupée d’Hélène. Elle n’avait désormais plus personne à sauver. La cousine a demandé par la suite quelques séances de thérapie, mais ça c’est une autre histoire…

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