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(6) Psychosomatique, que dit la recherche ?

Psychosomatique et accompagnement thérapeutique (6)

mercredi 2 septembre 2015, par Pascale SORIA

De la question posée dépendra la nature de la réponse…
Si l’on part d’un postulat symbolique de type « la maladie a un sens et le psychisme en détient la clé », alors il est difficile de prouver scientifiquement cette implication. De même qu’il sera objectivement impossible d’affirmer qu’un évènement de vie particulièrement douloureux (deuil, séparation, perte…) est la cause directe d’une maladie…

Et si on envisageait la question autrement ?
Ce type d’explications causales ne relève peut-être que de notre besoin légitime de donner du sens à ce qui arrive et dont on n’a pas le contrôle. Replacées à cet endroit, ces explications sont respectables, recevables et utiles à l’acceptation, voire à la guérison. Et gardons ouverte la possibilité de croire que ces liens de causalité sont totalement justes. Quoi qu’il en soit, ils le sont pour la personne qui les énonce. Cependant, en généraliser la réalité fait glisser vers une attitude dogmatique.
Comment envisager la question autrement ? « Accepter le diagnostic et refuser le pronostic » est à mon sens une superbe attitude face à un trouble psychosomatique, une maladie. Autrement dit, ce qui est là est là, mais l’idée que nous avons du pronostic est largement déterminée par nos croyances et ce que nous retenons comme vrai.

Les facteurs impliqués dans la santé et la maladie
Qu’est-ce qui, dans le domaine de la psychologie, est vraiment délétère pour notre santé ?
Ce qui est connu maintenant c’est que le stress chronique et les états émotionnels vécus comme « négatifs » sont des éléments impliqués dans la fragilisation de l’organisme.
Le stress chronique altère les réponses immunitaires et la résistance face aux agents infectieux et pathogènes devient plus faible. Suite à des évènements stressants, les lymphocytes diminuent. Par exemple, les étudiants en période d’examens voient leurs symptômes aggravés (rhumes, infections diverses). D’autre part, la répression émotionnelle affaiblit l’organisme, favorisant l’émergence d’une maladie ou d’une tumeur.

Quelques études
De nombreuses recherches ont été réalisées dans le lien entre stress/émotions/santé. On ne peut pas être exhaustif. En voici un petit panel :
La piste inflammatoire : le neurologue québécois Jean-Pierre Roy [1] évoque le processus de l’inflammation. Quand le corps doit faire face à un intrus, sa réaction naturelle est l’inflammation. Elle permet sa survie face à un agent pathogène ou un traumatisme physique. Comme toute réaction, elle est adaptée dans l’instant, mais sa chronicisation pose problème. L’inflammation peut se retourner contre l’organisme lui-même ! Certaines affections peuvent apparaître.
Comment le stress chronique provoque de l’inflammation ? On peut facilement imaginer qu’une personne se défend d’une situation perçue comme aversive pour elle. Le paradoxe est qu’en situation de stress de courte durée l’organisme a une fonction anti inflammatoire. Car les anticorps n’ont pas tendance à s’arrêter d’eux-mêmes, leur rôle étant de combattre les intrus. C’est une caractéristique du stress ponctuel qui vient les freiner lorsqu’ils ont éliminé les agents pathogènes et les dangers. Or, dans le stress chronique ( tracas quotidiens, stress d’inhibition, certains traits de personnalité…) l’effet est contraire. Les anticorps petit à petit s’habituent au stress et lorsque le stress diminue, le cortisol (anti inflammatoire) diminue également. Et au final, à défaut d’ennemis à combattre, les anticorps se retournent sur les tissus de l’organisme lui-même.
Au niveau sanguin : la piste inflammatoire encore ! Une étude américaine [2] a observé la réactivité affective des personnes en situation de stress. Les marqueurs d’inflammation ont été mesurés dans le sang : interleukine 6 et taux de CRP. Les affects négatifs ou la diminution rapide des affects positifs en cas de stress augmente les marqueurs d’inflammation.
Au niveau cérébral : en cas de stress prolongé le système limbique (cerveau émotionnel) est épuisé et une déconnexion s’opère d’avec le cortex frontal. Le traitement de l’information ne peut plus se faire de manière rationnelle. Les pensées automatiques dysfonctionnelles deviennent alors incontrôlables (distorsions cognitives).
Selon Frédéric Kochman, pédopsychiatre, le stress chronique stoppe la neurogénèse et des zones du cerveau se nécrosent sous l’effet de l’anxiété durable ou de la dépression.
L’effet des pensées : les pensées négatives génèrent des émotions désagréables. Le corps se met en tension pour réagir, le système nerveux sympathique est stimulé. Adrénaline et cortisol sont secrétés. Alors que les pensées positives génèrent des émotions agréables et stimulent le système nerveux autonome parasympathique. Celui-ci entraine une détente, les processus de réparation sont à l’œuvre, et les défenses immunitaires activées.
Au niveau des gènes : en 2004 une étude publiée dans la revue « Proceeding of the National Academy of Sciences » montre une corrélation entre le stress prolongé et le raccourcissement des télomères qui se trouvent à l’extrémité des chromosomes.
Le stress oxydatif et le vieillissement prématuré des cellules sont également favorisés par le stress.Le rôle du stress sur l’évolution des cancers a été mis en évidence chez l’animal, et chez l’humain. Le pouvoir anticancer des émotions a été étudié par l’oncologue Christian Boukaram [3]

Comment préserver sa santé ?
Le stress est subjectif. Epictète a dit « Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes mais l’idée qu’ils s’en font ». Des années plus tard, A.Ellis ( « grand père » des TCC) a proposé le modèle « A B C » qui stipule que ce sont nos évaluations cognitives qui entrainent nos réactions et non pas les évènements en eux-mêmes.
Nous faisons 2 évaluations face à un évènement :
1. Une évaluation primaire : nous évaluons la situation comme une menace ou comme un défi.
2. Une évaluation secondaire : nous évaluons nos ressources pour y faire face.
Le stress est ressenti lorsque nous percevons un déséquilibre entre l’exigence de la situation et nos ressources (capacités) pour y faire face.
Si la situation ne peut pas être changée, il vaut mieux donc augmenter nos ressources plutôt que de s’entêter à vouloir la modifier.

Nos ressources ? Késako ? Que sont-elles ? Où sont-elles ?
Elles sont multiples :
✓ Les facteurs de personnalité
La personnalité joue un rôle important dans la manière de gérer les situations stressantes. En effet, ce n’est pas la quantité de facteurs de stress qui détermine la manière dont on y réagit. Des facteurs de personnalité ainsi que des compétences psychosociales ont été identifiés comme protecteurs ou facteurs de vulnérabilité face au stress :

Facteurs de protection Facteurs de vulnérabilité
Quelques exemples
- L’affectivité positive
- L’extraversion
- L’estime de soi
- L’assertivité
- La tendance à la pensée critique et à la créativité
- La capacité à faire des choix et les assumer
- Savoir déléguer et demander de l’aide
- Se connaître, identifier et valoriser ses ressources
- Le soutien social (aide et estime, affection perçue)
- Une aptitude à communiquer et à résoudre les problèmes
- L’empathie et les habiletés relationnelles (avoir conscience de soi et de l’autre)
- Envisager les expériences comme des défis et non pas comme des menaces
- La cohérence et le sens de l’engagement
- L’optimisme et les affects positifs
- La confiance en soi
- Le choix d’une philosophie de vie (gratitude, gentillesse, bienveillance, empathie…)
- Donner du sens à sa vie
- etc…
L’inverse de ce qui est listé ci-contre ! Quelques exemples :
- L’affectivité négative (névrosisme)
- Le perfectionnisme
- La difficulté à se détacher des difficultés,
- La tendance à ruminer
- Le repli sur soi
- Le cynisme
- Le pessimisme
- L’hostilité…

✓ Acteur ou victime ? Agir plutôt que subir.
L’influence des croyances est fondamentale. Notamment le rôle des attributions causales, c’est-à-dire à quoi la personne attribue-t-elle ce qui lui arrive ? Relié à ce concept, le « locus de contrôle » interne est protecteur. Il implique que la personne a un sentiment de responsabilité (qui implique un sentiment de liberté de pouvoir agir) : elle a le sentiment qu’elle peut faire quelque chose ! Pas seulement sur l’environnement, mais aussi sur elle-même. Sa croyance est que ce qu’elle met en œuvre aura des résultats. Cette croyance est favorable car la personne se sent actrice.
Dans cette idée, au cours des années 70, Bandura a montré l’importance du sentiment d’auto efficacité (empowerment). A l’inverse de ce sentiment d’auto efficacité, Seligman a mis en lumière le sentiment d’impuissance acquise, que l’on peut rapprocher du stress d’inhibition de Laborit. Il se développe au cours de stress qui durent longtemps. Selon Seligman, le sentiment d’impuissance est acquis par l’expérience d’un stress prolongé pour lequel la personne a eu le sentiment de ne pouvoir rien faire, et a intégré ensuite cela comme une croyance.
✓ Le soutien social
Le soutien social perçu joue un rôle de protection face au stress. Le soutien peut prendre la forme d’aide ou d’estime. Seulement, là aussi l’histoire de la personne a toute son importance car elle peut être très entourée et percevoir un faible soutien. La subjectivité encore et toujours….
✓ Le mode de vie
Nous n’y pensons peut-être pas de prime abord lorsque nous travaillons dans le champ de la psychothérapie, or, que fait une personne chaque jour ? Elle mange, elle boit, elle respire, elle dort, elle vit dans son environnement, elle a une activité physique (ou pas), elle a des hobbies (ou pas), elle gère son temps (plus ou moins bien), elle se détend et médite (ou s’excite et s’agite) etc… Quel soin apporte-t-elle à ces fondamentaux, à son mode de vie ? Sa vie et sa qualité de vie en dépendent pourtant !
D’autre part, la personne a des besoins et des valeurs. Les a-t-elle identifiés ? Le temps passé à ses diverses activités est-il en adéquation avec ses valeurs et avec ce qu’elle a envie d’exprimer dans sa vie ?
On le voit, la question du mode de vie contient un ensemble de ressources à améliorer et à développer qui sont parfois simples : une meilleure alimentation par exemple. La simplicité est malheureusement trop souvent négligée.
Et la psychothérapie peut s’avérer parfois bien utile !
✓ Un regard sociologique : Le statut socio-économique
Et le social dans tout ça ? Les observations montrent que plus le niveau socioculturel et économique est élevé, plus on est en santé et vice versa. L’explication serait du côté de la comparaison sociale. Lorsque la personne réévalue sa position dans l’échelle sociale, elle subit un stress psychosocial. Ce stress est sain s’il est de courte durée. S’il dure en prenant la forme d’une crainte durable de « perdre la face » ou d’être rejeté, alors il provoque un stress chronique délétère.

Conclusion
Puisqu’il faut conclure : Soyons donc relax et vivons des relations épanouissantes ! Et pour cela, il vaut mieux être riche, jeune, beau, dynamique et en bonne santé que pauvre, moche, vieux et malade…Vous trouvez ça drôle ? Tant mieux, rions ! Car j’ai oublié de parler dans cet article des nombreuses vertus bénéfiques du rire ! Je rattrape in extrémis cet oubli qui eut été impardonnable ! C’est vrai qu’au cours des études sur la santé et la psycho, il n’en est pas beaucoup question. Faut croire que ça manque cruellement d’humour…
Selon l’OMS « la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». La relation sociale fait partie intégrante du système corps-esprit. De la conception de l’homme psychosomatique à celle de l’homme biopsychosocial, le pas est déjà franchi depuis fort longtemps…


[1Roy JP, Socioeconomic status and health : a neurobiological perspective, Medical Hypotheses, Vol. 62, No 2, 2004, 222-7

[2Affective Reactivity to Daily Stressors Is Associated With Elevated Inflammation. Health psychology 05/06/15

[3Le pouvoir anticancer des émotions Christian Boukaram : Le pouvoir anticancer des émotions - Les éditions de l’homme 2012

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