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La demande en psychothérapie

demande en psychothérapie

Sommaire

« Il n’est déjà pas facile de faire la démarche d’une thérapie… mais si c’est pour découvrir assez vite que je suis l’acteur bien involontaire de mon propre malheur, ça devient très dur ! ».
(extrait de « thérapies brèves : principes et outils pratiques ». Y.Doutrelugne ; O. Cottencin)

Nous utiliserons le terme « patient » dans cet article, faute de mieux, pour désigner la personne qui va consulter un psychothérapeute. Nous n’apprécions pas particulièrement cette dénomination, qui réfère à une attitude « attentiste » ; cependant le terme « client » bien accepté et utilisé dans les pays anglo-saxons, renvoie en France au domaine commercial, alors que « patient » est utilisé plus fréquemment dans le monde de la santé et de la psychothérapie.

De plus, la demande est envisagée ici dans un cadre de psychothérapie. En coaching ou accompagnement psychologique, l’analyse de la demande et le rapport à la demande ainsi que l’attitude de l’intervenant peut être tout autre. Et c’est OK !

LA DEMANDE DU PATIENT EN PSYCHOTHÉRAPIE

La demande est un chemin à découvrir
Il est fréquent que des patients arrivent avec une demande explicite : « dois-je quitter ma relation ? », « suis-je suffisamment légitime pour… », ou toute autre question qui sollicite souvent des « conseils » au thérapeute.
Se fixer sur la demande explicite, c’est-à-dire le contenu du propos, ne donne pas la possibilité d’un réel changement pérenne.
Le contenu de la demande explicite cache le processus sous-jacent qui demanderait à être mis en lumière.
Il pourrait bien s’agir de la réactualisation de blessures anciennes, sur la base desquelles le patient a construit sa vision du monde, occasionnant probablement les difficultés relationnelles actuelles.

« La carte n’est pas le territoire » ou la représentation de la réalité n’est pas la réalité.
D’une manière générale, lorsqu’un patient demande de l’aide, c’est qu’il a un problème avec sa réalité. Sa réalité est sculptée par ses croyances profondes et souvent inconscientes. Le patient va user de beaucoup de temps en début de thérapie pour prouver et justifier sa réalité. Et son discours aura une logique implacable puisque, en effet « on vérifie ce que l’on croit ». En psychologie expérimentale, le célèbre effet Rosenthal en est une démonstration édifiante. Pourtant la réalité qu’il dit n’est pas la réalité qui est. Mais nous ne pouvons pas d’emblée expliquer au patient qu’il a construit cette réalité sans être conscient qu’il l’a inventée. Et qu’il pourrait en construire une autre, plus aidante.

La réalité du patient est complexe :
derrière la demande explicite se dissimulent des schémas anciens, des attentes et scénarios inconscients. Et il n’y a rien de plus efficace pour s’éloigner de la réalité que les filtres de nos schémas/croyances, attentes et scénarios inconscients pour décoder et donner sens à nos observations et expériences. Ces filtres puissants opèrent des distorsions du réel.
Une personnalité se construit sur des croyances inconscientes avec de puissantes protections pour ne pas les remettre en cause.

Le positionnement du patient dans l’entrée en thérapie
peut révéler cette complexité ainsi que son niveau de conscience et son degré de motivation à changer.

QUELQUES POSITIONNEMENTS FRÉQUENTS DANS LA DEMANDE

Le plaignant/la victime 
Le plaignant est dans un refus de responsabilité. Tout peut prendre la forme d’un persécuteur à ses yeux : une personne, un travail, un échec, une difficulté, la vie… Il va faire des attributions externes à son mal-être. La victime attire un sauveur, qui échouera évidemment à le sauver, et deviendra persécuteur, mécanisme auto justifiant par là même sa plainte. La boucle est bouclée.
Il n’agit pas pour que ce soit différent. Il demande sans demander, opérant des généralisations dans la plainte. Le thérapeute peut se retrouver facilement en échec dans cette situation.

L’attente de la solution
Parfois le thérapeute est investi comme un « guérisseur », un sauveur : le patient ne s’implique pas dans sa démarche, il veut guérir de son problème et faire disparaître le symptôme. Il ne souhaite pas comprendre ce qui construit et entretient le problème.
Il sera peut-être déçu de ne pas trouver la baguette magique en la personne du thérapeute.

La demande la relation
La demande consiste à créer une relation privilégiée au sein de laquelle le patient demande écoute, soutien, reconnaissance, considération, attention, amour, réparation. Dans cette situation la relation transférentielle est au premier plan. L’Autre est attendu pour réparer de profondes blessures, ou schémas précoces : abandon, manque affectif, rejet…
Dans cette relation transférentielle, le thérapeute est perçu comme un parent tout-puissant, dans une attente de relation fusionnelle.

L’évitement
Dans ce positionnement, le patient n’a pas réellement envie de changer, alors il bavarde ou intellectualise, rationalise (la rationalisation est un bon moyen pour couper l’affect), ou continue à se plaindre, évitant toute responsabilité.
Ici, on reconnaîtra aisément une défense contre l’effondrement que provoquerait l’approche du centre traumatique que l’ego protège à tout prix. L’ego ne veut pas se laisser « fissurer » pour laisser voir ce qu’il y a derrière !

LA POSTURE DU THÉRAPEUTE

Nous avons tout intérêt à ne pas nous laisser hypnotiser par le contenu du discours du patient qui peut nous embarquer par sa narration.
Alors comment accueillir par exemple un « plaignant » (qui se positionne en victime de sa réalité) sans entrer dans le jeu des chaises musicales du triangle dramatique ? C’est-à-dire rentrer, appâté par la victime, dans le rôle du thérapeute sauveur puis celui du persécuteur et enfin celui de victime découragée de ne pas y arriver ? Le triangle dramatique de l’analyse transactionnelle montre combien ce jeu de rôles nous piège et empêche toute résolution du problème.

LE TRIANGLE DE KARPMAN

Également appelé triangle dramatique, est un concept développé par le psychologue Stephen Karpman dans les années 1960. Il décrit un schéma de communication dysfonctionnelle et répétitive entre trois rôles psychologiques principaux :
– Le Persécuteur : critique, contrôle, accuse, domine.
– La Victime : se sent impuissante, se plaint.
– Le Sauveur : intervient pour aider, mais de manière intrusive ou culpabilisante.
Ces rôles peuvent changer rapidement entre les participants, créant un cercle vicieux de conflits et de dépendance. Ce modèle est souvent utilisé en psychologie, en thérapie familiale ou en gestion des conflits pour identifier et briser les dynamiques toxiques.

Notre fonction de thérapeute c’est la présence, l’écoute et l’accueil dans un cadre sécurisant et clair. Nous ne conseillons pas, nous éclairons par notre questionnement et notre positionnement ce que la demande exprime et aussi nous émettons des hypothèses en co-construction avec le patient sur ce que la demande pourrait cacher.
Il existe bien des possibilités psychothérapeutiques pour accompagner la demande du patient ; par exemple dans la thérapie des schémas, il est un chemin incontournable : aller à la rencontre de l’enfant vulnérable que nous avons été et qui reste une partie vivace en nous. Cette partie essaie à sa manière de survivre, et elle le fait maladroitement avec des stratégies dysfonctionnelles. Ces stratégies sont des essais infructueux afin de tenter de restaurer un sentiment de sécurité.
Reconnaître l’enfant vulnérable, dont les besoins n’ont pas été satisfaits, et qui reste insécurisé, c’est commencer à lui redonner une place pour lui apporter ce qui lui a manqué.
Parfois, le thérapeute se laisse influencer par la situation actuelle du patient, et perd de vue le soubassement du problème, les croyances profondes, schémas et stratégies dysfonctionnelles activés chez le patient.
La tendance à répondre au problème apparent est une tentation bien compréhensible. Cependant il est plus judicieux d’orienter le patient vers la reconnaissance de ses besoins, vers son droit à se libérer des scénarios familiaux, se reconnecter à qui il est, à ce dont il a besoin, et créer sa vie dans l’orientation qu’il choisit.
C’est un travail de co-création entre thérapeute et patient.

Une sorte de transformation de la demande peut s’opérer, quand, à un moment du processus thérapeutique le patient n’attend plus d’être sauvé par l’autre, mais s’ouvre à la rencontre avec lui-même, ce qui implique de rentrer dans ses zones de fragilité avec authenticité et courage. Il peut alors assumer sa position d’être libre, passant de la plainte à la responsabilisation, et de la position d’attente vers la découverte et la reconnaissance de son désir.

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Illustration : Rosy / Bad Homburg / Germany de Pixabay

Commentaire

  1. Excellent ! Merci de nous rendre la psychologie accessible et des voies de compréhension pour nous rendre autonomes :))

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