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La haute sensibilité : un mécanisme défini qui s’insère dans une personnalité complexe

Haute sensibilité - hypersensibilité

Sommaire

Hypersensibilité ou haute sensibilité ?

Hypersensibilité, dans le monde francophone, reprend ce que les Anglo-Saxons ont dénommé high sensibility, pour désigner les personnes ayant un système nerveux qui s’active davantage que les autres pour les mêmes stimuli, perçoivent davantage les nuances de ce qui les entoure et traitent en profondeur ce qui est perçu. Le terme retenu pour les qualifier est HSP = high sensibility person.
Il est question d’une sensibilité qui se manifeste au niveau psychique.
Nathalie Clobert [a] insiste sur l’importance du langage. Hypersensible est une traduction inadéquate qui sous-tend une anomalie de la situation. Il est préférable de parler de haute sensibilité et de personnes hautement sensibles.
En toute rigueur, nous devrions préciser qu’il s’agit d’une haute sensibilité psychique, car il existe aussi des sensibilités élevées activant des mécanismes biologiques.
Au niveau de la biologie de l’organisme, on parle d’hypersensibilité quand un mécanisme ponctuel bien identifié est suractivé et conduit à une situation pathologique (allergie par exemple). On pourrait de même parler d’hypersensibilité pour des processus psychiques définis se manifestant de manière excessive jusqu’à devenir fortement handicapants, par exemple l’hyperémotivité qui fait perdre tous ses moyens quand ceux-ci sont nécessaires.
Ainsi, la haute sensibilité définit un trait psychologique qui n’est pas une situation pathologique, mais un état. Le terme hypersensibilité s’applique alors aux situations dans lesquelles ce caractère devient pathologique, pour un processus particulier, face à un stimulus plus ou moins spécifique.

EN RÉSUMÉ

L’hypersensibilité est à la mode dans les médias. Elle fait également l’objet d’une recherche scientifique qui fournit des éléments de connaissance expérimentés et validés. Il est plus correct de l’appeler haute sensibilité, qui n’est pas en elle-même une pathologie, mais un trait psychologique avec ses difficultés et ses avantages. On appelle HSP (high sensitive person) les sujets hautement sensibles.

La haute sensibilité résulte d’une capacité accrue de perception des stimuli externes ou internes (faible seuil sensoriel), avec un traitement en profondeur qui accroît l’impact de ces perceptions (excitabilité). Elle induit couramment une saturation inconfortable, qui conduit à la longue vers un épuisement. Elle est souvent associée à une sensibilité esthétique et à diverses caractéristiques comportementales que l’on retrouve de manière inconstante chez les HSP.

Certaines situations de haute sensibilité sont associées à des troubles neuro-psychiques définis et diagnosticables qui semblent la favoriser. On parle alors de haute sensibilité secondaire, celle-ci étant considérée comme primaire lorsqu’elle n’est associée à aucun de ces troubles.

Il existe des questionnaires, plus ou moins fiables, qui évaluent le niveau de sensibilité. Ils donnent une indication utile, sans pour autant faire de diagnostic.

Il n’y a pas de tempérament spécifique hautement sensible. La sensibilité, en revanche, s’exprime différemment selon les personnalités. Ces différences et la spécificité de l’histoire personnelle expliquent la diversité des manifestations de la haute sensibilité. L’Ennéagramme aide à faire la part entre une sensibilité liée à la construction psychique, et la haute sensibilité liée à une trop forte perception du monde extérieur et intérieur.

Pour un accompagnement intégratif d’une situation mettant en avant une sensibilité excessive, le diagnostic de haute sensibilité est une aide utile, sans être déterminante. La démarche s’appuie avant tout sur une exploration des différents aspects de la sensibilité, afin d’identifier ce qui est inconfortable ou souffrant. Les solutions proposées sont personnalisées. Leur objectif est d’accepter ce qui est dans la nature de la personne, apprendre à ajuster les expositions à la capacité à les supporter et développer de nouvelles ressources internes pour gérer les états de saturations quand les excès de perceptions ne peuvent pas être évités.

A - La littérature, la science et les médias

La littérature, depuis longtemps, exprime par la poésie le langage de personnes à haute sensibilité (HSP), ou raconte leur histoire à travers des personnages de romans.
La science s’intéresse à la question depuis la fin du XXe siècle, avec des recherches de plus en plus nombreuses pour approfondir une connaissance encore incomplète.
La vulgarisation hâtive des premières hypothèses à ce sujet a conduit à une médiatisation qui diffuse des notions simplifiées, parfois non validées. Cette médiatisation favorise l’identification à un modèle mal défini, qui finalement n’apporte rien de plus que se reconnaître différent des autres, mettre un nom sur un malaise ressenti, et le rendre responsable des problèmes vécus.

Le livre de Elaine Aron [b] a eu le grand mérite d’ouvrir la conscience à la réalité des HSP. Il est aussi responsable de cette tonalité de médiatisation, en s’adressant directement aux personnes hypersensibles (et non à tous) pour leur rappeler sans cesse qu’elles sont différentes, incomprises, et qu’elles ont avant tout de nombreuses qualités. C’est comme un manifeste cherchant à toucher une élite fragile que les « normosensibles » ne sauraient ni respecter, ni apprécier à leur juste valeur. L’hypothèse d’un modèle unifié du caractère HSP et son origine héréditaire ne sont pas documentées et apparaissent à la lumière des recherches ultérieures à l’ouvrage comme limité et enfermant. Le test simplifié proposé dans le livre (et repris par les médias) ratisse large. Il conduit à un effet barnum, c’est-à-dire que des personnes en mal de reconnaissance vont se retrouver dans certains aspects décrits, puis s’identifier subjectivement comme HSP, et se focaliser sur cet aspect pour expliquer leurs difficultés. Quand une souffrance ressentie n’entre pas dans un cadre connu et peine à être entendue, lui mettre un nom et rejoindre une communauté de semblables est un grand soulagement, et peut devenir ensuite un enfermement, comme cela a été observé pour la fibromyalgie au début des années 2000 [1].

B - Une personne à haute sensibilité (HSP), qu’est-ce que cela signifie ?

Il y a aujourd’hui suffisamment de données issues de la recherche en psychologie pour décrire la haute sensibilité.

  1. Un caractère et non une anomalie

Il n’y a pas de ligne de séparation entre les personnes à haute sensibilité et les autres. Il y a un continuum entre très faible et très forte sensibilité. Le seuil à partir duquel on définit une HSP est subjectif et lorsque ce seuil est fixé, il est spéculatif et discutable.
Du point de vue neurologique, il n’a pas été observé de différence de structure dans les cerveaux d’HSP, seulement une utilisation différente de certaines régions avec amplification du rôle de certains circuits [d].
La haute sensibilité n’est pas une anomalie, ni une pathologie. C’est l’expression d’un caractère qui, comme beaucoup d’autres, comporte des facilités et des difficultés face aux défis d’une existence humaine.

  1. Origine de la haute sensibilité psychique

La question de l’hérédité du caractère hautement sensible est complexe si l’on rentre dans son détail. Elle devient beaucoup plus simple si on la ramène à l’origine des caractères en général, ce que confirment les études disponibles. Celle-ci est en partie héréditaire, donnant une prédisposition, et en partie acquise, selon le développement face à l’environnement rencontré. La part acquise est généralement un peu plus importante que la part innée [a].
Cette double origine écarte toute causalité linéaire. Une forte prédisposition dans un environnement très favorable peut développer faiblement le caractère, et une faible prédisposition dans un environnement très défavorable peut le développer de manière significative.
Dans tous les cas, la somme de l’inné et l’acquis par développement conduit à l’âge adulte à un caractère relativement stable, dont la marge évolutive est alors limitée. Cela veut dire que vouloir modifier une nature hautement sensible stabilisée est un objectif irréaliste, qui conduit à se brider par des protections. La démarche évolutive sera davantage d’apprendre à mieux vivre avec.

  1. Le mécanisme principal de la haute sensibilité psychique

– Le point de départ, indiqué par Elaine Aron [b] et ensuite confirmé, est une perception accrue des stimuli externes, qui peut concerner tous les sens, avec des niveaux de sensibilité variables pour chacun d’eux. On peut y ajouter une sensibilité de même ordre aux perceptions internes : corporelles, émotionnelles, mentale (réception d‘information).
– À ce caractère initial désormais consensuel, s’associe un traitement en profondeur des informations captées, qui va induire diverses conséquences du caractère hautement sensible : blessure disproportionnée, fatigue psychique, saturation, compréhensions intuitives.
– La troisième caractéristique, conséquence de la seconde et moins constante est une sensibilité esthétique, forme d’ouverture liée au sentiment de beauté qu’inspirent certaines perceptions.

  1. La nature des stimuli

Il y a deux origines pour les stimuli perçus : externes ou interne, et un questionnement sur l’existence de perceptions extrasensorielles.

– Les stimuli externes (environnementaux) agissent sur les 5 sens par des canaux bien identifiés, la vue (ondes électromagnétiques), le son (ondes sonores), le toucher (contact direct avec de la matière dense), goût et odorat (éléments chimiques activateurs de récepteurs).

– Les stimuli internes ne sont pas directement liés à l’environnement, c’est-à-dire qu’ils continuent à être perçus, avec une intensité qui peut varier, en changeant de milieu. Ils ont globalement trois origines, qui interfèrent les unes avec les autres :

  • Somatique : sensation douloureuse, de gêne plus ou moins bien caractérisée, ou de fonctionnement biologique inhabituel ressenti comme un dysfonctionnement.
  • Émotionnelle : ressenti agréable ou désagréable, généré par une situation externe ou interne (sensation corporelle ou pensée) plus ou moins bien identifié, qui module le climat sentimental intérieur
  • Cognitive : information reçue de l’extérieur ou générée par la pensée qui impacte la représentation mentale (et peut générer une émotion, suivie ou non de réaction corporelle).

– L’existence des perceptions extrasensorielles est dérangeante pour la science. Elles expliquent des phénomènes mystérieux mais ne répondent pas à des mécanismes modélisables et vérifiables avec les connaissances consensuelles actuelles. Elles peuvent se situer à deux niveaux : vibratoire au contact d’une source émettrice de rayonnement située à proximité (un lieu, un objet une personne), intuitive par la perception d’une information sans moyen de transmission identifié. Nous sommes là dans un domaine spéculatif qui incite à la prudence. Cependant, exclure l’existence de perceptions extrasensorielles parce qu’il n’y a pas d’explication rationnelle ne permet pas de comprendre ce que vivent certaines personnes (qui ne sont pas toutes psychotiques). Le rôle de ces perceptions dans la haute sensibilité est une hypothèse qui pourrait être envisagée.

  1. L’importance des seuils de la sensibilité

Un seuil, en biologie et en psychologie, est une limite au-delà de laquelle se mettent en place de nouvelles conditions. Ce sont donc les conditions définies qui déterminent le seuil.
Les difficultés liées à la sensibilité psychique se comprennent avec deux types de seuils. C’est le point central pour la compréhension globale de la haute sensibilité.

❏ Seuil de perception
La sensibilité en analyse biologique se définit comme le plus petit signal qui peut être distingué du bruit de fond. La spécificité qualifie la capacité à discerner la nature d’un signal et ne pas le confondre avec un autre de nature différente. On retrouve ces deux caractéristiques dans la perception des stimuli (internes ou externes), ce qui conduit à deux types de types de seuils de perception :
– L’un quantitatif (sensibilité au sens biologique) détermine le minimum d’intensité perçu.
– L’autre qualitatif (équivalent à la spécificité en biologie) détermine la précision du discernement entre des signaux de nature différente, qui donne le niveau de perception des nuances.

Seuil de confort perceptif (ou de tolérance)
La vie biologique est suspendue à un optimum d’intégration de matière (atomique ou vibratoire) venue de l’environnement : suffisamment mais pas trop.
Il en est de même de la vie psychique, qui se déroule idéalement avec une perception suffisante mais non débordante de stimuli. Un niveau de perception trop faible par rapport aux besoins (hypostimulation) conduit à un manque, qui affaiblit la vie psychique avec une tendance dépressive. Un niveau trop élevé (hyperstimulation) crée un inconfort, et à l’extrême pourrait conduire à la perte de maîtrise de soi, avec l’impression de devenir fou.
Le seuil de confort se situe entre hypo et hyperstimulation, et dépend donc directement du niveau de stimulations (externes et internes), lui-même lié à deux facteurs :
– Le nombre de stimulation, qui augmente avec la multiplication des signaux différents et pour un même signal, avec la fréquence des manifestations.
– Les seuils qualitatif et quantitatif de perceptions : plus ils sont bas, plus le nombre de stimulations effectivement perçues augmente.

Un troisième facteur, non lié au niveau de stimulation intervient dans le seuil de confort : le besoin minimal de stimulation (à la fois quantitatif et qualitatif par la diversité) qui fixe le seuil d’hypostimulation, et la capacité de résistance de la structure psychique aux stimuli (permettant de maintenir sa stabilité), qui fixe le seuil d’hyperstimulation.

➥ Caractéristiques des personnes hautement sensibles (HSP)

Les seuils de perception et de confort sont des variables individuelles, dont la grande diversité crée un continuum dans le niveau de sensibilité psychique des individus.
Les sujets HSP ont, à différents stades, les caractéristiques suivantes :
– Un haut niveau de perception et une résistance limitée à l’excès de stimuli du fait du traitement en profondeur des perceptions. Si on se réfère à un état objectif de stimuli (mesurés par des appareils), le seuil d’hyperstimulation des HSP, produisant un inconfort, est plus faible que la moyenne.
– Un besoin plus important que les autres de percevoir, en quantité et en diversité, qui s’est installé avec l’habitude de ressentir. Le manque de stimulation crée un vide perceptif mal vécu. Il y a donc un seuil d’hypostimulation, notamment qualitatif, plutôt élevé.

Le résultat est une zone de confort étroite entre hypo et hyperstimulation. Les HSP sont donc, plus que les autres personnes, sujet à l’inconfort et ont donc une nécessité adaptative accrue. Cela conduit plus facilement à l’insatisfaction par saturation ou par l’ennui, ce qui à la longue est épuisant. Ce point est majeur pour comprendre la haute sensibilité, l’accepter et adopter les solutions qui améliorent la qualité de vie.

Haute sensibilité (hypersensibilité) - Importance des seuils de stimulation
  1. Manifestations de la haute sensibilité sur le fonctionnement psychique

Les différentes caractéristiques que l’on observe chez les HSP sont les conséquences des mécanismes précédemment décrits (les codes indiqués sont ceux qui sont employés pour identifier les critères utilisés dans l’interprétation des tests) :
– LST (low sensory threshold) : faible seuil de sensibilité sensorielle, ou plus précisément de perception des stimuli, quels qu’ils soient.
– SUB (subtleties) : subtilités, c’est-à-dire la propension à détecter et à prendre conscience d’éléments subtils ou de changements mineurs dans l’environnement.
– EOE (ease of excitation) : facilité à être déstabilisé par une perception, liée à son traitement en profondeur, c’est-à-dire une forte réactivité émotionnelle et physiologique. Parfois réduit à l’émotivité ou émotionnalité (EMO).
– OVE (overload) : surcharge, c’est-à-dire la propension à être submergé par des stimuli intenses ou une multiplicité de stimulations simultanées.
– AES (aesthetic sensitivity) : sensibilité esthétique, c’est-à-dire la capacité à percevoir la beauté et s’en émouvoir.
– CHA (controlled harm avoidance) : prévention contrôlée des préjudices, c’est-à-dire la tendance à éviter certaines expositions.

Cela conduit aux attitudes comportementales suivantes [a] [b] [e] :
– Sensibilité aux ambiances et aux personnes manifestant de l’hostilité.
– Déstabilisations fréquentes dans des contextes qui ne posent pas de problème aux autres, pouvant conduire à des réactions qui semblent disproportionnées.
– Empathie (capacité à percevoir ce que ressentent les autres) et finesse relationnelle (capacité à se relier en se positionnant sur ce qui compte pour l’autre).
– Positionnement en retrait pour se protéger du surplus de stimulations ou isolement pour se régénérer quand la surcharge atteint le niveau de saturation.
– Fatigabilité quand le niveau de stimulation est élevé.
– Une propension à vivre plus facilement des expériences émotionnelles négatives, ce qui correspond au neuroticisme du modèle de personnalité Big Five. En fait, cela se manifeste surtout dans un environnement défavorable. Il serait plus précis de parler de mauvaise tolérance aux environnements trop chargés en stimulation et manifestant de l’hostilité.
– Difficulté d’adaptation au monde avec le sentiment d’être incompris, comme un étranger.
– Tendance au perfectionnisme.

  1. Conséquences comportementales de la haute sensibilité

La fréquence des inconforts consécutifs aux situations d’hyperstimulation conduit à diverses adaptations plus ou moins avantageuses, pour chercher davantage de stabilité [a] :
– L’évitement est une attitude fréquente pour se protéger de l’exposition. Quand il est excessif, il réduit la vie sociale, ce qui st est désavantageux pour la santé globale et le bien-être.
– L’affrontement, à l’inverse, pense résoudre la difficulté et allant vers elle. Cela risque fort de conduire à une explosion, avec réaction excessive, qui trouvera alors une solution dans l’isolement.
– Le contrôle de la réactivité intérieure est une autre stratégie, pour n’être ni dans l’évitement ni dans la confrontation. Il y a cependant diverses conséquences désavantageuses : une grosse dépense d’énergie, une certaine rigidité avec manque de spontanéité, parfois une distance dans la relation.
– La recherche de sensations plaisantes augmente le seuil de tolérances aux stimulations et apporte un certain confort qui repose.
– L’investissement dans des activités professionnelles ou de loisirs pour lesquelles la haute sensibilité est un atout : relation d’aide, création artistique…

  1. La haute sensibilité est-elle un atout ou un handicap évolutif ?

Il y a ce sujet des points de vue plus ou moins bien documentés, parfois opposés qui sont conciliés par l’hypothèse de la susceptibilité différentielle, proposée par Pluess et Belsky [2] [3], qui met en avant la plasticité cérébrale et la forte influence de l’environnement dans lequel s’effectue la construction psychologique. Ce mécanisme est valable pour tous et de manière plus marquée en cas de haute sensibilité, l’influence environnementale semblant avoir dans ce cas une amplitude plus forte.
Être HSP est un handicap supplémentaire dans un environnement défavorable qui sature de stimulations néfastes et favorise les troubles psychiques, alors qu’elle est avantageuse dans un environnement favorable, permettant alors de développer une ouverture qui amplifie le potentiel de développement.
Un autre point de vue est celui de l’évolution de la maturité psychologique selon le modèle de Clare Graves, que l’on appelle aujourd’hui Spirale Dynamique [4]. Ce modèle issu d’un long travail d’observations et de synthèse décrit que la valeur profonde vers laquelle nous tendons naturellement est une tolérance qui relativise la vérité, de sorte que tous les points de vue puissent être considérés pour développer la coopération. Il est alors évident que la haute sensibilité favorise le changement dans cette direction, vers maturité psychologique plus avancée.

C - Évaluation de la haute sensibilité par les tests

La haute sensibilité est une notion qui reste floue si elle n’est pas définie par des critères identifiables par une méthode d’évaluation. Étant donné son mécanisme consécutif à une réponse particulière aux stimulations, la logique serait de mesurer les réponses neurologiques à divers stimuli, mais cela est bien trop complexe à mettre en œuvre. Il reste alors la méthode classique des questionnaires largement utilisée en psychologie.

Il y a une différence marquée entre la plupart questionnaires que l’on trouve dans les magazines et sur les sites internet, qui sont spéculatifs, et ceux qui sont validés par une recherche en répondant à des critères qui garantissent la valeur de son évaluation. Ils sont généralement utilisés sous licence par des professionnels. Il existe plusieurs tests validés en 2024 : le HSPS en langue anglaise et en traduction française, le SPSQ en néerlandais, et le CASS en français.

  1. Le HSPS (highly sensitive person scale)

Le test proposé par Elaine Aron [b] dans son livre, avec 27 items et une réponse binaire (oui ou non), largement repris sur les sites internet était au départ spéculatif. Il a été approfondi, affiné par 7 niveaux de réponses (échelle de Likert), interprété selon 3 critères (LST, EOE, AES) et validé sous la dénomination HSPS. Il a été traduit dans plusieurs langues avec des variations selon les traductions. La version française HSPS-FR a été validée en 2022 avec 4 critères (LST, EOE, AES, CHA). Le test en ligne gratuit [x] avec sept niveaux de réponses et trois critères, fournit une indication intéressante mais n’est pas cette version validée [5].
La version anglaise complète du test HSPS est couramment utilisée dans les recherches sur la haute sensibilité, qui se sont développées principalement dans des pays anglo-saxons. Sa valeur vient surtout de sa position de précurseur et de l’important recul lié à ses nombreuses utilisations. Il est cependant critiqué, car il ne répond pas à certains critères qui garantissent la performance d’un test psychologique.

  1. Le CASS (Clobert Adult Sensitivity Scale)

Mis au point par Nathalie Clobert [a], ce test a été formalisé avec toute la rigueur d’un test psychologique à usage professionnel par Nicolas Gauvrit, en veillant à rectifier les insuffisances du HSPS. Il a été évalué en langue française avec 4 critères (EMO, OVE, AES, SUB).
Il sera disponible auprès des professionnels qui l’adopteront dans le courant de l’année 2024.

  1. Un test validé permet-il de faire un diagnostic ?

En toute rigueur, le résultat d’un test de sensibilité, même validé, ne conduit pas à un diagnostic, seulement un score qui positionne dans le continuum de toutes les personnes qui ont fait le test. C’est une indication précieuse sur le niveau de sensibilité, que l’on ne peut pas transformer en diagnostic pour deux raisons :
– La haute sensibilité n’est pas une caractéristique psychologique suffisamment définie de manière précise par un consensus.
– Il y a une assez forte subjectivité dans l’exploration de la sensibilité et la réponse aux questions peut refléter une interprétation personnelle décalée par rapport à la réalité.
Le test est une aide à l’accompagnement, qui peut aussi se faire sans lui. Dès lors qu’une personne souffre de sa sensibilité, quel qu’en soit le niveau, elle peut être aidée pour cela avec les outils adaptés à sa situation, évaluée par le questionnement.

D - Croisement avec des situations physio-pathologiques

La description de Elaine Aron [b] qui a beaucoup influencé le traitement médiatique de la haute sensibilité, décrit un état spontané, en grande partie inné, qui définit une partie importante de la personnalité.
Cette haute sensibilité existe réellement, cela a été confirmé par diverses recherches, et elle est un problème ou non selon la qualité de l’environnement dans lequel la personne s’est construite, et dans lequel elle vit à l’âge adulte.
Les choses deviennent moins claires si on veut qualifier la haute sensibilité de primaire (ancrée dans le caractère) ou secondaire à un autre dysfonctionnement psychique pour lequel on peut établir un diagnostic. Il y a en effet certaines situations dans lesquelles on observe des manifestations de la haute sensibilité associées à un dysfonctionnement pathologique.

  1. principales situations psychopathologiques associées à une haute sensibilité

– Dans une situation de stress post-traumatique, il y a une hypervigilance et une sensibilité accrue à certains stimuli qui rappellent le traumatisme vécu. Dans les traumatismes complexe, qui sont des situations de maltraitance courantes et durables, l’hypervigilance et la sensibilité aux stimuli extérieurs peuvent couvrir un champ assez vaste et augmenter la sensibilité de façon marquée.
– Lors de troubles du spectre autistique (TSA) ou trouble envahissant du développement (TED), on peut retrouver certains comportements identifiés dans la haute sensibilité psychique. Lorsqu’il s’agit de TSA de bas niveau, comme le syndrome d’Asperger, il peut y avoir confusion. Se focaliser sur la haute sensibilité, peut masquer un Asperger non préalablement diagnostiqué. L’analyse approfondie a montré les régions neuronales impliquées sont différentes [6]. Il ne s’agit pas du même processus et le diagnostic de TSA peut être établi s’il est recherché.
– Lors de déficit d’attention, qu’il s’agisse d’un TDAH ou non [7], il y a une instabilité émotionnelle et une forme d’hyperréactivité dont certaines manifestations pourraient évoquer l’hypersensibilité, alors que cela ne peut être que la conséquence du déficit attentionnel.
– Dans un état borderline (une entité psychopathologique plutôt confuse), il y a une grande instabilité émotionnelle qui peut être vue comme un excès de sensibilité.
– Dans les états dépressifs, on retrouve une sensibilité accrue à certains stimuli qui créent des difficultés par un traitement en profondeur privilégiant le côté négatif. La confusion est possible entre un épuisement lié à la haute sensibilité et une dépression.
– Lors de troubles anxieux chroniques, particulièrement l’anxiété généralisée, l’hypervigilance et la forte réactivité aux facteurs qui nourrissent l’anxiété élèvent le niveau de sensibilité.
– Une hyperémotivité est un facteur associé à une haute sensibilité, mais ne suffit pas à elle seule à caractériser une haute sensibilité, dont elle n’est qu’un critère. Elle n’est pas forcément liée à une perception excessive des stimuli.

  1. Haute sensibilité primaire ou secondaire ?

L’interférence de tous ces troubles pose la question de l’origine d’une haute sensibilité observée ou détectée par un test. Est-elle primaire, constituant un trait de la personnalité, ou secondaire, consécutive à un autre trouble. Et lorsqu’elle est secondaire, est-elle uniquement la conséquence du trouble diagnostiqué, ou est-elle un facteur préalable qui l’a favorisé, activant ainsi une causalité circulaire ?
La psychologue Nathalie Boisselier [d], en conclusion sa synthèse très documentée sur l’hypersensibilité, souligne qu’en cabinet, ce sont essentiellement des situations associées à un autre trouble qui sont observées, et qu’il est rare de rencontrer des hautes sensibilités primaires. Se focaliser sur la haute sensibilité peut masquer un autre trouble qui nécessite davantage d’être considéré, notamment le stress post-traumatique.
Une faible proportion de hautes sensibilités primaires en cabinet laisse supposer que les véritables HSP sont plus rares que dans les estimations habituelles. Il se peut aussi qu’elles aient couramment des complications qui font passer la sensibilité au second plan, ou qu’elles consultent peu en psychothérapie.

  1. Y a-t-il un lien avec le haut potentiel intellectuel (HPI)

Les enfants et adultes avec un haut potentiel intellectuel (HPI) ont certaines attitudes décrites pour les hypersensibles. Selon Jeanne Siaud-Facchin qui a fortement contribué à la médiatisation du caractère HPI [8], une hypersensibilité de type hyperréactivité émotionnelle est une caractéristique générale des adultes surdoués, qui parfois les conduit à se couper de leurs émotions. Cette affirmation issue de l’observation et d’une généralisation de ce qui est observé n’est pas étayée, et contribue à une certaine mode du haut potentiel qui induit beaucoup d’auto-reconnaissances, sans aucun test pour le confirmer.
Nathalie Clobert [a], qui s’appuie sur la fréquence du caractère HPI estimé à 2,3 % de la population, bien plus faible que celle des HSP, refuse cette association systématique entre deux traits de caractère qui peuvent être associés, mais pas systématiquement.
Pour éviter tout amalgame, il est donc préférable de ne pas superposer les deux aspects. Le haut potentiel mental se détermine par un test QI > 130, effectué par un professionnel (et non sur un site internet !). Chez un sujet HPI, l’hypersensibilité peut être évaluée comme cela est fait de manière générale.

E - Quel lien entre sensibilité et personnalité ?

L’hypothèse de Elaine Aron [b] selon laquelle l’hypersensibilité serait un tempérament définissant une personnalité est critiquée dans le monde de la psychologie. Selon Pierre Bordaberry [c], elle ne s’accorde pas aux recherches qui ont été effectuées sur le sujet, et une personnalité est avant tout complexe et unique, qui ne se définit pas par un trait de caractère.

Certaines caractéristiques psychiques associées à la haute sensibilité, sont retrouvées dans certaines descriptions de personnalités. Il n’y a pas aujourd’hui d’argument solide pour dire que les constructions psychiques ayant ces caractéristiques sont plus enclines à être hautement sensible, avec la globalité du mécanisme tel qu’il a été défini. On ne recherche pas donc pas la haute sensibilité en explorant la personnalité avec un modèle. En revanche, connaître la personnalité peut aider à mieux comprendre comment la haute sensibilité, quand elle est présente, s’exprime dans un fonctionnement psychique qui lui donne une expression singulière.

  1. Timidité, introversion, anxiété sociale

Une personne hautement sensible (HSP), dans sa forme caractéristique, est introvertie, timide, émotive, et développe une faible sociabilité pour se protéger de stimulations déstabilisantes, ce qui peut être assimilé à de l’anxiété sociale. La facilité est alors d’associer toutes ces caractéristiques dans un seul modèle de tempérament, alors que ces traits sont des conséquences possibles et non obligatoires de la haute sensibilité, et ils peuvent aussi exister sans elle. Il est donc préférable de ne pas faire de liens systématiques.

  • L’introversion, selon le CNTRL [9] est la « propension à se tourner vers son monde intérieur, à vivre centré sur ses pensées, ses émotions, ses rêveries, et à se détourner du monde extérieur ». C’est une caractéristique forte de la personnalité, mise en avant notamment par le MBTI [10]. On peut considérer qu’elle est acquise, sur une prédisposition innée à être plutôt intro ou extraverti, en fonction de l’adaptation aux conditions vécues qui perpétue la préférence spontanée pour l’un des deux tempéraments. Les HSP sont souvent introvertis, mais pas toujours, et tous les introvertis ne sont pas hypersensibles.
  • La timidité, selon le CNTRL se définit comme : « manière d’être, caractère de celui qui manque de hardiesse, de vigueur ; incapacité à entreprendre, à se décider» ou « caractère, nature de ce qui manque de hardiesse, de vigueur» ou « manque d’aisance, d’assurance dans ses relations avec autrui ; tendance à se troubler et à perdre ses moyens lorsqu’on se sent regardé, observé » ou « forme d’hyperémotivité se traduisant par une inhibition dans les rapports avec autrui, souvent en liaison avec un sentiment d’infériorité ou de culpabilité ». C’est un trait de caractère finalement assez flou !
  • L’émotivité, selon le CNTRL se définit comme une « aptitude à éprouver des émotions ; niveau de sensibilité, degré suivant lequel chaque personne est capable de s’émouvoir. Au sens le plus général, l’émotivité mesure la sensibilité à l’ébranlement d’un psychisme individuel, que la source de l’ébranlement soit interne ou externe ». Il y a ainsi un gradient d’émotivité entre les personnes qui régissent différemment à des situations comparables.
    Il y a une deuxième définition du CNTRL : « Aptitude à s’émouvoir facilement, à réagir trop vivement aux stimuli même très faibles, caractérisée aussi par une insuffisance de l’inhibition, une incapacité à s’adapter aux situations nouvelles, imprévues ». Cela ressemble fort à ce que l’on appelle couramment hypersensibilité, ce qui induit de la confusion. Il serait plus précis de parler d’hyperémotivité, associée généralement à la haute sensibilité mais qui peut aussi exister sans elle.
  • Le trouble d’anxiété sociale (TAS) est défini par les thérapies cognitives et comportementales (TCC) comme une peur excessive de se confronter à diverses situations sociales [11]. Il a été observé un continuum entre la timidité (plus ou moins marquée), l’anxiété sociale, et le trouble de la personnalité évitante qui est la forme extrême. Le basculement entre trait de caractère et psychopathologie est généralement placé entre timidité et anxiété sociale.
    Elaine Aron [b] parle de faible sociabilité comme conséquence de l’hypersensibilité. Le TAS est un trouble comportemental très bien défini, avec un diagnostic et des solutions, qu’il est préférable de considérer comme tel, avant de rechercher s’il est la conséquence ou non d’une haute sensibilité.
  1. HSP et Big Five

Le modèle des cinq grands traits de la personnalité, appelé Big Five ou CANOE (OCEAN en français) est issu de plusieurs décennies de recherche à travers le monde. Il est actuellement la référence en psychologie de la personnalité. Il décrit la personnalité de façon complète en évaluant le niveau de 5 traits principaux de caractère, et en approfondissement à 6 facettes pour chacun d’eux[12].
Le profil se détermine par un questionnaire dont une version assez complète peut se faire gratuitement en ligne [13].
Son intérêt est d’avoir un haut niveau de validation avec un test fiable. Son inconvénient est de se réduire à une description des traits dominants d’une personnalité, mais pas ce qui motive, oriente et perturbe son fonctionnement.
Les caractéristiques du modèle Big Five ont été analysées chez des HSP. On retrouve un fort neuroticisme (tendance à être déstabilisé émotionnellement et ressentir des émotions négatives et de l’anxiété) et une faible extraversion [14] [15], deux caractères associés des facteurs génétiques. L’ouverture à l’expérience (curiosité avec des sources d’intérêts diversifiés, originalité, créativité) est également élevée.
La détermination des caractéristiques du modèle Big Five peut identifier les traits dominants d’une haute sensibilité. Elle n’apporte pas de précision sur son fonctionnement.

  1. HSP et Ennéagramme

L’Ennéagramme des personnalités est à tous points de vue l’opposé du Big Five. C’est un modèle traditionnel, qui s’est développé par l’observation et l’expérience de ceux qui l’utilisent, dans une démarche pragmatique, non scientifique. Il part d’un postulat selon lequel 9 archétypes auto-organisent la construction psychique (9 bases numérotées de 1 à 9). Sur le socle de ces 9 bases, de nombreuses variantes (Ennéatypes) se développent en suivant une logique de différenciation.
L’Ennéagramme des personnalités décrit avant tout, pour chaque base, une motivation profonde de fonctionnement de laquelle découlent des mécanismes psychiques, des qualités naturelles, des limites et des processus d’évitement de certaines difficultés [16]. Il décrit également pour chaque base une organisation psychique avec une hiérarchie de fonctionnement de trois intelligences : instinctive, émotionnelle, mentale, et un mode de gestion des émotions.

Aucun test ne permet avec une fiabilité suffisante de déterminer sa base d’Ennéagramme. La base principale et l’ennéatype complet s’identifient par une autoreconnaissance dans une démarche d’introspection, avec l’aide d’un thérapeute ou d’un formateur. La rigueur avec laquelle se fait l’accompagnement est déterminante pour éviter des reconnaissances trop hâtives, qui ne corrèlent pas avec l’ensemble du fonctionnement. Le modèle personnel identifié se confirme en retrouvant par l’auto-observation toutes ses caractéristiques principales (adaptées à la construction personnelle), et son pouvoir éclairant sur ce qui nous met en difficulté, sur la manière limitée avec laquelle nous essayons de le résoudre, et par l’efficacité du programme évolutif spécifique de la base.

Introduire l’Ennéagramme dans un sujet de psychologie est toujours délicat, car cela demande de jongler entre la pertinence de ce modèle qui apporte des explications lumineuses, et le fait qu’il est spéculatif, issu de la tradition ésotérique, et qu’il n’est pas intégré dans la recherche et les connaissances universitaires. Quand on connaît ce modèle, il est cependant difficile de s’en passer, car il n’y a aucun équivalent aux services qu’il rend pour comprendre le fonctionnement psychique et les difficultés relationnelles dans de nombreuses situations.
L’Ennéagramme est particulièrement pertinent pour comprendre la sensibilité en général. Il ne tente pas de généraliser un processus psychique pour valider statistiquement ce qui est parfois inadapté individuellement. Il ne remet en cause aucune des données validées par la psychologie scientifique. Il décrit comment se manifeste la sensibilité spécifique selon le modèle de personnalité.

Du point de vue de la haute sensibilité, telle qu’elle a été définie précédemment, il n’y a pas de corrélation directe avec les 9 bases, qui a priori peuvent toute être concernées, avec plus ou moins de facilité, et une manifestation selon un mode spécifique.
La connaissance de sa propre base Ennéagramme ou mieux de son Ennéatype complet, apporte un éclairage sur plusieurs points :
– La porte d’entrée la plus sensible aux perceptions, qui peut être instinctive (sensible à ce qui concerne la survie immédiate), émotionnelle, ou mentale (sensible aux informations)
– Le niveau d’émotivité (ressenti intérieur des émotions) et le mode de gestion des émotions (exprimées, contrôlées ou évitées). Ces deux mécanismes sont différents et peuvent être dissociés, par exemple des émotions fortement ressenties et non exprimées.
– La tendance à l’introversion, l’extraversion mesurée, ou l’extraversion marquée
– L’existence d’une instabilité psychique (fragilité), ce qui peut conduire à des déstabilisations majeures consécutives à des stimuli mineurs. Deux bases manifestent clairement cela : 4 et 5. La base 6 peut aussi présenter des zones instables. Cela conduit à des traits comportementaux, spécifiques pour chacune de ces trois bases, évoquant la haute sensibilité. La différence est que le trait LST (faible seuil de sensibilité sensorielle) n’est pas forcément marqué. Il y a avant tout une forte excitabilité à ce qui déstabilise l’activité psychique, que l’on pourrait considérer comme une instabilité psychique. La sensibilité à l’esthétique peut être associée,

L’identification de cette instabilité psychique est un apport précieux en accompagnement. Il permet de comprendre pourquoi les personnes concernées se sentent hypersensibles alors que leur test de sensibilité n’est pas forcément significatif d’une haute sensibilité. Il existe alors des solutions spécifiques plus pertinentes que celles habituellement proposées face à la haute sensibilité.

Pour celles et ceux qui connaissent L’Ennéagramme :
Descriptif détaillé de la sensibilité selon les ennéatypes [17].

F - Quelle aide pour les personnes qui souffrent de leur sensibilité ?

Certaines hypersensibilités peuvent conduire à une situation pathologique, mais la haute sensibilité, de manière générale, n’est pas une pathologie en elle-même. Elle peut cependant être associée à un vrai mal-être. Dans tous les cas où la sensibilité est un facteur de vulnérabilité, nous sommes amenés, en tant qu’accompagnant, à accueillir et valider ce qui est ressenti, apporter un éclairage sur ce qui se passe et proposer des solutions adaptées.

Le schéma d’accompagnement suivant est une proposition, parmi d’autre, étant entendu qu’il y a en ce domaine de multiples manières de faire, et qu’aucune n’est satisfaisante dans toutes les situations.

1. La première étape est la reconnaissance de la forte sensibilité ressentie, sans réserve, et sans besoin de questionnaire pour le confirmer. La notion étant subjective, c’est à chacun d’évaluer s’il y a un excès qui pose problème, et de préciser comment cela se manifeste. Dès lors que cet excès ressenti est une source de difficulté, il mérite d’être discuté, éclairé, et la personne concernée choisira au final de se considérer ou non comme très sensible, ou d’avoir recours à un test.
Cette reconnaissance n’est pas un diagnostic, ni le ticket d’entrée dans un groupe d’appartenance. Il ne s’agit pas de nourrir un clivage entre les personnes hautement sensibles et les autres, ni de favoriser une identification à ce trait de personnalité et considérer que c’est la cause de tous les problèmes.
Reconnaître une haute sensibilité ou toute forme de sensibilité qui paraît excessive conduit à l’accepter dans sa propre nature (et non pas comme une nature spécifique), se réjouir du potentiel qu’elle apporte, et accepter les difficultés auxquelles elle expose.

2. Identifier les différents mécanismes de sensibilité suractivés au niveau des perceptions sensorielles, des ressentis émotionnels et du traitement mental de l’information. Cela permet ensuite, par l’auto-observation, de conscientiser davantage ce qui se passe et ce qui déclenche les situations difficiles à gérer.

3. Prendre conscience de l’impact négatif que peuvent avoir sur les autres les manifestations d’une haute sensibilité, afin de mieux accepter leurs réactions et d’éviter de créer trop de difficultés, sans pour autant renoncer à être soi-même. En particulier [18]:
– L’hyper-empathie est parfois inadaptée, particulièrement sa forme émotionnelle qui peut être perçue comme envahissante. Certaines personnes ne sont pas prêtes à entrer dans une relation de proximité et vont mettre en place des moyens de défense (rejet, détournement du sujet, dérision…) pour s’en protéger s’ils se sentent insécurisés par cela.
– La perception fine de détails dans l’expression des autres peut conduire à des interprétations qu’il est souvent préférable de ne pas exprimer, parce qu’elles peuvent être erronées et que l’autre n’est généralement pas désireux de les entendre.
– Le besoin de solitude ou d’espace, lorsqu’il conduit à une mise en retrait peut être perçu comme une violence passive, ce qui peut être évité en prévenant clairement et délicatement de cette mise en retrait.
– Le manque d’implication pour éviter de s’exposer peut-être perçu comme de la lâcheté, ou comme un manque d’intérêt à ce qui est proposé
– Le besoin de temps pour s’exprimer ou pour s’engager donne le sentiment d’être hésitant ou non impliqué, particulièrement si rien n’est dit sur ce besoin de temporiser.

4. Explorer et évaluer les moyens de protection mis en place. Cela peut conduire à en développer de nouveaux si l’insécurité est trop grande, ou a en modérer certains quand ils deviennent un frein à être soi-même et s’épanouir.
Les protections mises en place varient selon les personnes. Il s’agit le plus souvent d’une mise en retrait, d’évitement de certaines situations, du développement de mécanismes de contrôle interne en construisant une carapace, ou de l’identification à un rôle dans lequel la sensibilité n’est pas touchée.

5. Pour celles et ceux qui le souhaitent, découvrir sa configuration Ennéagramme [19] est une démarche globale de connaissance de soi. Elle permet de comprendre les mécanismes de notre sensibilité (qu’elle soit amplifiée ou non), d’identifier nos atouts spontanés et nos limites, et de découvrir une voie évolutive adaptée à notre construction. Cela est particulièrement utile quand une trop forte sensibilité ressentie est source de difficulté.

Rérérences

🗒 PRINCIPALES SOURCES DOCUMENTAIRES

[a] Nathalie Clobert, psychologue
Livre : Ma bible de l’hypersensibilité – Ed. Leduc 2021
Vidéo 80 mn : Conférence – L’hypersensibilité
Site Internet : psychologue-psychotherapie-meaux.fr

[b] Elaine Aron, psychologue américaine
The Highly Sensitive Person – How to Thrive When the World Overwhelms You – Harmony books 1997.
Traduction française aux Éditions de l’Homme (2005) : « Ces gens qui ont peur d’avoir peur – Mieux comprendre l’hypersensibilité »

[c] Pierre Bordaberry (alias Pedro Sanchau), psychologue
Vidéo 17 mn :  L’hypersensibilité, c’est quoi ? – Psykonnaissance #23

[d] Nathalie Boissier, psychologue
Article : Sur les sables mouvants : l’hypersensibilité

[e] L’hypersensibilité sur le site psychonaute.fr
Accès aux abonnés avec une offre d’essai gratuite de 7 jours

 

🗒 AUTRES SOURCES REFERENCEES DANS L’ARTICLE

  1. Jacques B. Boislève : Fibromyalgie, un vrai problème de reconnaissance – site sante-vivante.fr
  2. J. Belsky & M. Pluess : Beyond diathesis stress: differential susceptibility to environmental influences – Psychol Bull 2009, 135(6) : 885-908
  3. M. Pluess & J. Belsky : Vantage sensitivity: individual differences in response to positive experiences – Psychol Bull. 2013, 139(4) : 901-16.
  4. Présentation de la spirale dynamique – site psycho-sante.fr
  5. Test gratuit en français évaluant la sensibilité – site IRDlabs.com
  6. B. Acevedo & al : The functional highly sensitive brain: a review of the brain circuits underlying sensory processing sensitivity and seemingly related disorders – Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci, 2018, 373(1744) : ID:20170161
  7. Jacques B. Boislève : TDAH : comment le différencier d’un accroissement général du déficit d’attention et l’aborder en approche intégrative – site psycho-sante.fr
  8. Jeanne Siaud-Facchin : Trop intelligent pour être heureux – L’adulte surdoué – éditions Odile Jacob 2008
  9. CNTRL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) : lexicographie
  10. The Meyers-Briggs Company : Types de personnalité MBTI®
  11. Apprendre les TCC : Le trouble d’anxiété généralisée (TAS)
  12. Psychomédia : Modèle de personnalité Big Five ou OCEAN
  13. Test Big Five gratuit en ligne
  14. Elham Assary & al : Genetic architecture of Environmental Sensitivity reflects multiple heritable components: a twin study with adolescents -Molecular Psychiatry volume 26, pages4896–4904 (2021)
  15. Lionetti et al. : Dandelions, tulips and orchids, evidence
    for the existence of low-sensitive, medium- sensitive and high-sensitive individuals
    – Translational Psychiatry (2018)8:2
  16. Jacques B. Boislève : Qu’est-ce qu’une configuration ennéagramme ? – site psycho-sante.fr
  17. Jacques B. Boislève : Synthèse détaillée de la sensibilité selon les ennéatypes
  18. Antoine Peytavin : Pourquoi on a du mal à aimer les hypersensibles
  19. Jacques B. Boislève Site psycho-sante.fr : Comment déterminer sa propre configuration ennéagramme ? – site psycho-sante.fr 

Illustration Gerd Altmann – Licence Pixabay

 

2 réponses

  1. Merci pour cet article bluffant, parfois assez éloigné de ce que j’ai pu lire dans les magazines et sur Facbook par exemple, mais qui sonne tellement juste… La grande partie accordée à la définition des termes est vraiment utile pour faire le tour de la question et mieux comprendre de quoi il s’agit. La notion de « seuil de confort perceptif » avec notamment le fait que les personnes HSP ont « un besoin plus important que les autres de percevoir, en quantité et en diversité » m’éclaire sur beaucoup de choses, notamment une « plus grande nécessité adaptative ».
    Et merci pour la carté des explications car le sujet peut être ardu avec des notions qu’on ne connait pas toujours… mais j’ai réussi à tout comprendre !

  2. Merci pour cet article fort intéressant et qui vient éclairer une situation bien souvent clamée comme un trait de caractère ou une pathologie. Votre exposé est limpide et invite à prendre la mesure des différents facteurs et confusions possibles. Appuyé par des bases solides et référencées, cet article ouvre la voie pour aller plus loin qu’un simple diagnostic à la mode.

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