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TDAH : comment le différencier d’un accroissement général du déficit d’attention et l’aborder en approche intégrative

Déficit d'attention

Sommaire

Le TDAH (Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité)est la dénomination conventionnelle d’une difficulté souvent réduite à l’enfant hyperactif, alors qu’elle est avant tout un déficit d’attention et qu’elle concerne aussi les adultes.

L’existence d’une pathologie avérée ne doit pas pour autant absorber tous les déficits d’attention, favorisés par l’environnement moderne et qui s’améliorent en changeant la manière de vivre dans ce monde. D’où l’importance du diagnostic et lorsque le TDAH est exclu, de disposer des moyens adaptés pour accompagner une difficulté malgré tout présente.

Les déficits d’attention « ordinaires » et leurs conséquences relèvent d’un accompagnement psycho-santé global, proposant un apprentissage à vivre de manière plus adaptée aux besoins de nos organismes et à notre épanouissement.

Le TDAH dans sa définition psycho-médicale s’enracine dans la biologie cérébrale, se manifeste par des perturbations psychologiques, et évolue en fonction des interactions avec l’environnement. Il bénéficie donc d’une approche intégrative qui associe ces trois dimensions, avec un recours aux médicaments ou produits de santé qui peut être déterminant dans l’amélioration obtenue.

Historique du trouble de déficit d’attention

Dès la fin du XIXe siècle, des observations d’instabilité motrice ont été décrites chez l’enfant, puis chez l’adulte, conduisant au concept « d’instabilité neuromotrice », puis à l’introduction d’une entité pathologique nommée « syndrome d’instabilité de l’enfant ».
Au début du XXe siècle, sous l’influence de la psychanalyse en Europe, on parlait plutôt de « troubles affectivo-caractériels », alors qu’aux USA, l’approche neurologique conduisait au « syndrome hyperkinétique », figurant ainsi dans la seconde version du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-2).
Trois manifestations ont été ensuite regroupées dans un même syndrome : le déficit d’attention, l’impulsivité et l’hyperactivité, ce qui a introduit la dénomination  » Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) ». Le déficit d’attention y est considéré comme le dysfonctionnement central qui engendre les autres, alors que l’hyperactivité, la manifestation la plus voyante, n’est pas toujours présente.
L’acronyme TDAH (en anglais ADHD – Attention Deficit Hyperactivity Disorder) est apparu dans le DSM-IV en 1994. Il est considéré aujourd’hui comme une unité pathologique.
En France, le collectif Stop DSM (qui s’oppose à la démarche statistique de cette référence diagnostique) conteste cette définition générale, notamment le lien de causalité qu’elle a établi entre déficit d’attention lié au manque de dopamine et impulsivité/hyperactivité, ce qui conduit à un surdiagnostic et à un abus des traitements médicamenteux. Selon Patrick Landman, pédopsychiatre appartenant à ce collectif, les troubles concernés sont un groupe hétérogène, avec des causalités multiples et des manifestations variées. Le TDAH né de considérations statistiques est vu comme un fourre-tout théorisé sur des spéculations afin d’unifier toutes ces situations [1].

Définition et fréquence

♦ Le TDAH se définit comme un trouble neurodéveloppemental qui se manifeste par une difficulté à se concentrer et à maintenir l’attention, des comportements impulsifs, et une agitation motrice persistante.
On y retrouve un déficit du contrôle de soi, une instantanéité des réponses aux stimulations, une difficulté (voire une incapacité) à planifier, une forte vivacité d’esprit.
Quatre fonctions exécutives sont plus ou moins défaillantes : la mémoire de travail, l’internalisation du langage, le contrôle, la reconstitution [2].

La prévalence en France était estimée en 2015 entre 3,5 et 5,5 % des enfants en âge scolaire Les garçons sont plus concernés que les filles (environ 80/20).
L’âge moyen du diagnostic par un spécialiste se situe à 9-10 ans
L’hyperactivité/impulsivité est présente dans environ la moitié des cas.
Le trouble persiste à l’âge adulte pour environ 2/3 des enfants concernés [3].

Physiopathologie du trouble de déficit d’attention

Le TDAH en tant que pathologie est considéré aujourd’hui comme un trouble neurodéveloppemental, ce qui signifie qu’il résulte d’un dysfonctionnement neurologique acquis lors du développement de l’enfant.

♦ C’est un trouble neurologique fonctionnel, sur une construction inhabituelle du cerveau, qui se manifeste par un déficit de certains neuromédiateurs, notamment la dopamine et la noradrénaline. Le cycle de la dopamine est particulièrement touché, avec des anomalies à plusieurs niveaux, conduisant à une disponibilité insuffisante de ce neuromédiateur.

♦ Son développement est multifactoriel. La prédisposition génétique semble forte, puisque la concordance entre jumeaux est de 80 à 90 %, et le risque élevé pour un enfant, si l’un des parents souffre du TDAH. Il y a ensuite divers facteurs favorisant au cours de la gestation : alcoolisme, tabagisme, expositions toxiques, carence en iode, souffrance fœtale. La naissance prématurée ou après terme, le manque d’oxygène au moment de l’accouchement, les infections du système nerveux (méningites) et les chocs à la tête accroissent le risque.
En revanche, le contexte de vie familiale n’a aucune influence objectivable.

♦ Les facteurs nutritionnels et toxiques pendant l’enfance ne sont actuellement pas reconnus, mais diverses observations les suspectent d’aggraver la situation. Les déficiences nutritionnelles seront évoquées plus loin. La responsabilité des toxiques est actuellement très mal connue. Deux études ont notamment mis en évidence le rôle du plomb [4].

Autres facteurs qui réduisent la capacité d’attention

La contestation de l‘existence TDAH repose sur le fait qu’il y a de multiples raisons expliquant un déficit d’attention. Sans entrer dans ce refus qui est une réaction disproportionnée et peu responsable, il est important de considérer que le trouble neuro-fonctionnel qui définit une forme pathologique de TDAH (et peut justifier un traitement médicamenteux) n’est pas le seul facteur qui réduit la capacité d’attention et accroît l’hyperactivité/impulsivité.
La capacité d’attention, la difficulté à rester inactif dans le calme, et le caractère impulsif ou non des actions sont modulés par trois niveaux de facteurs :

Biologique, avec deux niveaux ;
– La génétique donne des potentiels inégaux. Sans être dans l’anomalie fonctionnelle, la capacité d’attention n’est pas la même pour tout le monde. Ce facteur inné n’est pas modifiable et a donc avantage à être accepté.
– Le cerveau fonctionne de manière optimale s’il dispose de tous les nutriments dont il a besoin et si son métabolisme n’est pas perturbé par des substances toxiques. À l’inverse, les déficits nutritionnels et la présence de substances non physiologiques perturbent l’activité psychique, et peuvent favoriser ou amplifier un déficit d’attention.

Psychologique, avec également deux niveaux :
– La base de personnalité, selon l’Ennéagramme, se fixe très tôt, probablement avant la naissance. Elle est un peu comme la génétique pour la biologie (à laquelle elle serait fortement liée selon certains auteurs) : nous venons au monde avec et elle ne change pas au cours de la vie. Certaines bases ont dans leur dynamique la compulsion d’agir (base 8), le besoin d’être toujours en activité (base 3), ou une tendance à se disperser sans terminer ce qui est commencé (base 7). Dans certains cas, le fonctionnement amplifié d’un trait de personnalité peut manifester les signes d’un déficit d’attention. La tendance naturelle liée à la base de personnalité ne change pas, mais le travail évolutif et l’apprentissage peuvent conduire à de vrais changements.
– Le potentiel intellectuel, quand il est élevé (HPI), entraîne un besoin d’occuper le mental qui est très rapide et s’ennuie facilement, ce qui rend difficile de rester concentré sur ce qui est perçu comme ennuyeux ou pousse à la dispersion pour occuper les neurones. Ce comportement peut-être perçu comme un déficit d’attention.
– La personnalité, quelle que soit la base dans laquelle elle s’enracine, se construit par le vécu de l’enfance. La capacité à maintenir l’attention et accepter inactif est d’autant plus développée que l’enfant a appris à se contenter de faire une seule chose à la fois et jusqu’au bout, et à gérer l’ennui. Faire des activités seul et sans besoin d’un apport extérieur actif, jouer avec les objets à disposition, lire…, aide également à développer ce potentiel.
À l’inverse, des enfants sans cesse sollicités par des sources extérieures, que ce soit par la présence d’adultes attentifs, de jouets technologiques ou d’écrans, ne s’ennuient jamais et ne savent gérer les situations où ils sont seuls avec eux-mêmes. Ils sont alors peu préparés à vivre en dehors d’une abondance de stimulations, et manifestent plus facilement un défaut d’attention et de l’impulsivité.

Environnemental :
Le monde moderne est une source de nombreuses sollicitations qui n’existaient pas pendant la longue période évolutive au cours de laquelle l’espèce humaine a développé son potentiel biologique et psychologique en interaction avec son environnement. Cela induit une certaine hyperactivité, surtout mentale, pour laquelle nos organismes sont mal équipés.
L’arrivée des écrans connectés et des réseaux sociaux, fournissant une sollicitation infinie avec recherche perpétuelle de nouveauté et gratification par les interactions crée une dépendance [5]. Le mécanisme qui implique la dopamine conduit à un besoin plus important de celle-ci, qui finalement crée une situation de manque de dopamine et avec elle de déficit d’attention, c’est-à-dire l’incapacité de rester centré sur le présent si celui-ci n’est pas en mouvement qui maintient l’attention [6].

➥ Il y a donc une causalité multifactorielle du déficit d’attention, donnant un éventail très large de manifestations. Il est difficile de faire la part entre la dysfonction neurologique qui serait la source du véritable TDAH, et les autres facteurs qui aggravent le TDAH et aussi touchent tout le monde sans conduire pas à une situation considérée comme pathologique.
On pourrait considérer de manière simplifiée qu’il y a une part organique liée à une structuration défaillante du cerveau, et une part fonctionnelle alimentée par divers facteurs liés à la construction psychologique à l’écologie personnelle (comment la personne se comporte dans son environnement).
La part fonctionnelle est un facteur aggravant du TDAH lié à la dysfonction neurologique, et peut aussi à elle seule conduire à différents niveaux de déficit d’attention.

Différents facteurs favorisant le déficit d'attention (TDAH)

Manifestations et troubles associés au déficit d'attention

♦ Dans sa forme habituelle liée à la dysfonction neurologique, les signes du TDAH se manifestent de manière précoce, dès le plus jeune âge. Ils se révèlent généralement lors de l’entrée à l’école.

♦ Les enfants avec TDAH ne savent pas rester centrés sur une activité, ni attendre. Ils changent rapidement d’humeur. Ils ont besoin de toucher à tout, font du bruit, réagissent très vite par des comportements démesurés. Ils sont épuisants pour leur entourage. Ils sont en manque d’affection et en souffrance de leur situation, ce qu’ils compensent par l’imagination, la créativité ou l’hyperactivité.
Le TDAH favorise les difficultés d’apprentissage de la lecture ou de l’écriture. Il s’accompagne fréquemment à des difficultés de sommeil et de conflits d’opposition avec les autorités. Il est parfois associé à une anxiété importante, à une dépression, à de troubles de conduite, ou au syndrome des jambes sans repos.

♦ Chez l’adulte, en cas de persistance du TDAH, les symptômes sont les mêmes avec des manifestations atténuées par diverses astuces d’organisation et des apprentissages acquis.
Le comportement pèse ainsi moins sur l’entourage. Ces problèmes compliquent cependant beaucoup l’existence des personnes concernées, qui cumulent les difficultés dans la vie quotidienne. Des troubles cognitifs et comportementaux peuvent s’installer de manière durable. Les difficultés conjugales, les conduites addictives (alcool, tabac, toxicomanie…), la dépression, les troubles de la personnalité, les pratiques sexuelles risquées, la délinquance, sont plus fréquents que dans la moyenne de la population.

Diagnostic

Le diagnostic est codifié par le DSM-V, qui propose 9 critères pour évaluer l’inattention, 9 autres pour l’impulsivité/hyperactivité, et 4 caractéristiques générales sur le contexte.
Le diagnostic est posé en fonction des critères positifs dans chaque catégorie, qui atteint ou non le seuil considéré comme significatif. Il permet de différencier trois sous-types cliniques : dominante inattention, dominante hyperactivité/impulsivité, combiné [7].
Une classification plus détaillée élaborée à partir d’images cérébrales (nuclear brain imaging) différencie 6 types : classique, inattentif, hypervigilant, lobe temporal, limbique, fougueux [8].
Il y a aux USA une autre approche d’évaluation : le Conners Comprehensive Behavior Rating Scales (Conners CBRS ®) utilisée par certains auteurs dans les études, parce qu’elle définit un score chiffré dont on peut mesurer l’évolution [9].

INTÉRÊT ET LIMITE DU DIAGNOSTIC
Effectuée rigoureusement, la démarche diagnostique est essentielle, car elle objective la réalité du déficit d’attention, en la distinguant de situations qui perturbent l’attention comme une mauvaise audition ou des situations relationnelles difficiles dans la famille ou à l’école conduisant à des comportements impulsifs d’opposition.
Il y a parfois un étiquetage hâtif d’hyperactivité pour justifier le comportement difficile d’un enfant, alors qu’un diagnostic erroné ne permettra pas d’apporter les meilleures solutions. Chez l’adulte, le TDAH est trop souvent ignoré (voir paragraphe suivant), mais il peut aussi devenir une identification facile pour mettre un nom à une situation difficile.
Lorsque le diagnostic évalue positivement un TDAH, il n’y a pas de doute sur la réalité d’un déficit d’attention important et handicapant. Cependant, ce diagnostic se fait sur les manifestations et non sur la cause. Les manifestations sont alimentées par tous les facteurs, avec une intensité variable, si bien que lorsque ce diagnostic est établi, Il ne dit pas la part de la dysfonction neurologique (qui justifie la prise de médicament ou de produits de santé naturels) et celle des autres facteurs qui relèvent de d’un accompagnement global dans le domaine de la psychologie et de la santé naturelle.
Dans une démarche intégrative et personnalisée, le diagnostic n’est jamais une étiquette collée à une situation, ce qui enferme dans une normalisation statistique avec des traitements standards. Tout diagnostic est une information importante et utile pour la recherche de la meilleure solution personnalisée.

Le problème de reconnaissance du TDAH adulte en France

La tradition psychothérapeutique française, enracinée dans la psychanalyse et encore portée par de nombreux psychologues et psychiatres qui s’y réfèrent, tend à négliger, voire à ignorer la réalité du TDAH adulte, alors que celui-ci est aujourd’hui clairement reconnu [10] et que nombreuses données existent à son sujet [11].
En pratique, on observe des personnes traitées sans succès avec des antidépresseurs et dont le confort de vie change radicalement après passage au traitement méthylphénidate. On peut discuter sur les risques de ce traitement qui a aussi le mérite de fonctionner, alors que d’autres médicaments inadaptés utilisés couramment ne sont pas non plus dénués de risque.
On observe également la difficulté à trouver des psychiatres pour accepter la réalité du TDAH et sortir des antidépresseurs et prescrire un traitement adapté pour eux. Les choses évoluent, progressivement, mais trop lentement.

Approche psycho-sociale pour le TDAH des enfants

L’expérience a révélé les effets favorables de certains comportements dans l’encadrement des enfants TDAH. Des guides indiquent ainsi une liste de préconisations utiles. Elles proposent aux parents, enseignants et accompagnants de développer des qualités bénéfiques à tous les enfants et plus particulièrement aux enfants TDAH. Des qualités souvent défaillantes qui peuvent se résumer en trois axes :
– Établir une autorité et un cadre clairs, afin d’éduquer les fonctions exécutives défaillantes.
– Valoriser l’enfant pour qu’il développe une estime de soi qui lui manque et le pénalise.
– Limiter l’impact des stimulations extérieures qui entretiennent l’hyper-réactivité.

Dans l’idéal, les parents devraient bénéficier de consultations psychologiques spécialisées ou de formations, ce qui s’est développé au Canada et peu en France.
Le programme d’entraînement aux habiletés parentales de Barkley [12] répond de manière ciblée à cette demande.

Les parents peuvent trouver des groupes de soutien dans les associations. Ils ont un vrai besoin d’être reconnus et aidés dans leur difficulté. Vivre au quotidien avec un enfant hyperactif est épuisant et peut avoir de lourdes conséquences sur le bien-être et la santé.
Les enseignants confrontés aux enfants TDAH sont généralement démunis faute d’être préparés. Des guides leur sont destinés [13]. Il faudrait cependant une véritable formation pour les aider.

Traitement médical du TDAH

Le TDAH dans sa forme habituelle, lié au dysfonctionnement neurologique, est lié à un déséquilibre de neuromédiateurs. Il est donc possible d’y remédier avec des médicaments psychotropes. Ce sont des produits sympathomimétiques capables d’augmenter la concentration de dopamine et de noradrénaline au niveau des synapses.

Le méthylphénidate (Ritaline®, Medikinet® Concerta®, Quasym®) est le produit phare de cette indication, en raison du long recul d’utilisation qui offre une bonne connaissance des effets attendus (bénéfiques et secondaires), et du fait également de son coût peu élevé.
C’est un stimulant du système nerveux qui semble inhiber la recapture de la dopamine. L’effet final est comparable à celui des amphétamines, avec un mode d’action différent. Les amphétamines accélèrent la libération de la dopamine en réserve, ce qui crée une neurotoxicité et installe rapidement une dépendance, psychique et physique. Le méthylphénidate s’est révélé faiblement neurotoxique, et n’induit pas de dépendance lorsque son usage respecte les préconisations. Il peut ainsi être utilisé de manière discontinue, avec des pauses dans les cures.
La molécule agit rapidement après son ingestion, pendant une durée brève, ce qui nécessite plusieurs prises par jour pour un effet continu. L’effet continu peut aussi être obtenu avec des formes retard (libération prolongée = LP). L’action rapide et brève permet d’avoir un effet ponctuel en fonction des besoins, la libération prolongée permet de simplifier la prise si un effet continu est recherché.
Le méthylphénidate s’est révélé efficace dans 70 à 80 % des cas, l’efficacité clinique étant probablement en corrélation avec un déficit en dopamine qui peut être corrigé par ce mode d’action. Sur un forum indépendant d’échange sur les médicaments, les usagers adultes de la Ritaline ® sont satisfaits à 52 % [14].
Ce produit est considéré comme stupéfiant, ce qui restreint ses conditions de prescription.
La première ordonnance doit être rédigée par un spécialiste (inclus dans une liste limitative).
Le renouvellement peut être effectué par un généraliste. La quantité délivrée ne peut jamais dépasser 4 semaines [15].
Les effets secondaires résultent d’une action non spécifique qui s’exerce au-delà de la cible thérapeutique. Il y a ainsi une augmentation de la dopamine ou d’autres médiateurs dans des zones où cela est davantage néfaste qu’utile. Les effets adverses varient beaucoup d’un sujet à l’autre, allant d’un bon niveau de tolérance à la nécessité de cesser le traitement.
Les manifestations les plus gênantes sont de trois types : neuropsychiatriques (mauvaise qualité de sommeil, agitation, anxiété, instabilité d’humeur, état dépressif, tics moteurs ou verbaux, hallucinations, tendances paranoïaques), cardiovasculaires (arythmie, hypertension), et métaboliques (retard de croissance ou perte de poids liés à la réduction de l’appétit, surtout en journée). De nombreuses études ont montré l’absence de danger lors d’une utilisation conforme aux recommandations. Les usages excessifs, à forte dose, pour rechercher une action psychostimulante, expose à un effet cocaïne like aux conséquences diverses, dangereuses dans certains cas.

♦ L‘atomoxétine (Strattera®) est un inhibiteur de recapture de la noradrénaline qui a obtenu l’AMM en France depuis 2010, puis a été retiré en 2012. La revue Prescrire a considéré qu’il n’apporte rien de nouveau, ni sur l’efficacité, ni sur la réduction des effets secondaires [16].

D’autres produits sont proposés en troisième intention chez l’adulte : la Seleginine® (un antidépresseur de la famille des IMAO), le Modafanil (Modiopal®) qui maintient la vigilance et s’utilise habituellement face à la narcolepsie. Leur puissance d’action semble disproportionnée par rapport au problème visé.

Thérapies non conventionnelles

Des méthodes de soins non conventionnelles ont proposé des solutions pour le TDAH.

♦ Le neuro-feedfack consiste à poser des électrodes sur le crâne pour analyser l’activité électrique du cerveau qui est renvoyée et permet ainsi un apprentissage de comportements différents. Les évaluations sont contradictoires [18,19].

♦ La méthode Tomatis est une pédagogie de l’écoute proposée dans diverses situations dont le déficit d’attention [20]. Elle considère une meilleure intégration sensorielle comme un facteur essentiel d’amélioration. Les bénéfices sont décrits par des témoignages. Aucune évaluation contrôlée n’a été effectuée à ce jour.

Approche nutritionnelle

L’origine du dysfonctionnement neurologique à l’origine du TDAH semble clairement ancrée dans la génétique et le développement au cours de la grossesse et de la petite enfance, c’est-à-dire bien avant que les signes ne se manifestent. Les facteurs alimentaires et toxiques n’ont jamais été démontrés. Il est cependant probable qu’ils ont un rôle favorisant pendant la phase développementale, et qu’ils sont une ressource d’amélioration une fois les difficultés installées. Les recherches les évaluent toujours de manière isolée, alors qu’il est évident qu’ils agissent de manière cumulative et synergique.
Parmi les facteurs identifiés :

Le fer. Une méta-analyse chinoise portant sur 11 études effectuées jusqu’en juillet 2016 montre que les sujets TDAH ont une ferritine sérique en moyenne plus basse que celle de la population générale [21]. Une expérimentation plus poussée a montré que le manque de fer au niveau du cerveau, là où il joue un rôle majeur, pourrait être un facteur déterminant, mais que cette concentration n’est pas proportionnelle à la ferritine, qui est une constante personnelle dont la normalité varie d’un individu à l’autre. En revanche, un apport de fer quand le stock est déficient apporte des effets bénéfiques. Une étude sur 23 enfants (18 tests et 5 placebos) a montré une amélioration des manifestations du TDAH avec une supplémentation de 80 mg de fer par jour [22].

On peut se demander pourquoi le fer vient à manquer chez des enfants qui n’ont pas de saignements et dont les apports alimentaires sont a priori suffisants. L’explication pourrait venir d’une atrophie intestinale, qui en plus de l’hyperperméabilité souvent mise en avant, s’accompagne aussi d’une détérioration des bordures en brosse de l’intestin. La conséquence est la moindre assimilation des nutriments qui ont un mécanisme de régulation complexe, et le fer est probablement le plus sensible à cet effet.
Un autre facteur qui entre en jeu est la répartition du fer dans l’organisme et la proportion de forme Fe2+ libre qui semble avoir des effets néfastes. Il est difficile d’agir à ce niveau, en dehors de limiter tout apport inutile de fer [23].

♦ Le zinc et le magnésium. Ces deux minéraux essentiels au fonctionnement métabolique sont régulièrement déficients aujourd’hui. La déficience s’est révélée particulièrement fréquente lors de TDAH diagnostiqués. Pour le zinc, deux études effectuées en Iran et en Turquie ont montré une évolution favorable, mais avec des doses élevées, inapplicables en complémentation usuelles. En revanche, pour le magnésium, les effets bénéfiques ont été observés avec une complémentation aux doses habituelles dans un contexte de déficience [24].

Acides gras essentiels. L’importance du GLA (oméga 6 rare que l’on trouve dans la bourrache et l’onagre) et des oméga 3 longue chaîne d’origine animale (EPA/DHA) dans les membranes du neurone et le déficit constaté chez les personnes TDAH en ces acides gras a conduit naturellement à proposer des complémentations. Les essais effectués à ce jour ont cependant été décevants, du fait peut-être que la prise en charge d’un facteur isolé n’est pas suffisante pour obtenir un résultat significatif [25]. Il est avantageux dans tous les cas que l’alimentation apporte les lipides en proportion adéquate avec suffisamment d’acides gras polyinsaturés.

Métaux toxiques. Des liens avec le plomb [4] et avec le mercure ont été décrits. Cette piste n’offre cependant pas de solution facile, le plomb étant omniprésent dans la chaîne alimentaire et la détoxication des métaux difficile à entreprendre.

Additifs alimentaires. La relation entre TDAH et additifs alimentaires a été suggérée par un médecin américain, Benjamin Feingold, dans les années 1970. Il a été repris et alimenté par d’autres auteurs [26]. Des colorants jaunes (E102, E110, E124…) et le benzoate de sodium (E211) doivent être évités en priorité. Le glutamate et l’aspartame, dont les effets sur le cerveau sont mal connus, également. Les effets du régime Feingold ont donné des résultats contradictoires, suggérant qu’agir sur ce facteur est probablement utile mais non suffisant.

Antioxydants : Des effets positifs ont été observés avec le pycnogénol, évoquant l’intérêt d’accroître la protection antioxydante, qui a avantage à être apportée par une alimentation diversifiée et colorés.

Régimes hypoallergéniques: Jean Seignalet n’avait pas inclus le TDAH dans les maladies testées avec son régime, et nous ne disposons que de témoignages ponctuels [27].
Natasha Campbell a évoqué des améliorations d’enfants souffrant d’autisme et de TDAH avec son régime GAPS. Il est probable que la réduction de l’atrophie intestinale, quelle que soit la méthode utilisée pour cela, soit bénéfique pour l’évolution de toutes les pathologies neuro-fonctionnelles. Il est cependant bien difficile de le démontrer.
Des essais ont été effectués avec l’éviction des aliments les plus impliqués dans les allergies et les intolérances. Les résultats sont contradictoires. Un regard sur l’ensemble des expérimentations existantes montre avant tout l’importance d’une alimentation santé, sans besoin d’entrer dans des restrictions qui ne montrent pas de bénéfices spécifiques et compliquent la démarche, notamment pour les enfants. Une stratégie visant à traiter l’atrophie intestinale ne peut être évoquée que dans un contexte où un changement alimentaire contraignant est envisageable à long terme.

Produits de santé naturels

Parmi les produits de santé naturels proposés face au TDAH, il y a de nombreux compléments alimentaires répondants aux déficits observés évoqués au paragraphe précédent. D’autres répondent plus spécifiquement à la neuro-nutrition, ou à une action spécifique sur la fonction cérébrale.

♦ La phosphatidylsérine. Une expérimentation sur quinze enfants âgés de 6 à 12 ans, dont six présentant les signes de TDAH avec un apport de 200 mg/j pendant deux mois, a permis une diminution d’environ 35 % des signes du TDAH [28]. Dans leur ouvrage  » Prescription for natural cures », Balch et Stengler proposent pour une efficacité optimale 300 à 500 mg de phosphatidylsérine par jour pendant trois mois, puis 100 à 300 mg par jour.

Gingko biloba. Les effets bénéfiques de cette plante sur la circulation cérébrale sont régulièrement mis en avant et controversés suite à des études montrant une efficacité limitée, des études qui sont le plus souvent tout aussi contestables que celles qui valident les propriétés proclamées. Chacun est donc renvoyé à sa croyance. Sur le TDAH, les essais ne sont pas concluants et ce produit n’est pas une priorité.

PEA et AFA Klamath : La phényl-éthyl-amine (PEA), médiateur physiologique présent dans la microalgue AFA Klamath avec des cofacteurs permettant son assimilation, agit favorablement sur les situations de manque de dopamine, notamment la maladie de Parkinson et le TDAH. Dans ce dernier cas, les effets bénéfiques ont été observés sur trois études très peu connues effectuées sur plusieurs centaines d’enfants en Amérique centrale et aux États-Unis, avec une prise de 1 g/jour [29]. Les bénéfices sont probablement meilleurs avec la dose habituelle de 2 g par jour, voire davantage pour un adulte.

Bacopa monnieri. Cette plante connue de la tradition ayurvédique améliore la disponibilité de certains neuromédiateurs dont la dopamine. Lors d’un essai sur une trentaine d’enfants âgés de 6 à 12 ans diagnostiqués TDAH, un extrait de Bacopa monnieri pendant 6 mois a permis une amélioration significative sur 3/4 des participants, avec une bonne tolérance générale [30].

Élixirs floraux. Les élixirs floraux aident avantageusement les accompagnements vers le changement, dès lors qu’ils sont choisis en fonction de la personne, de son contexte et d’un objectif clair, et associé à une démarche active de la personne. Ils peuvent être utiles dans les situations de TDAH, en restant lucide sur leur capacité limitée à une gestion différente de situations, et à ne pas les considérer comme un traitement du problème.

➥ La société canadienne de pédiatrie a publié un article très complet et très documenté sur les approches non conventionnelles applicables aux situations de TDAH, qui n’est plus à jour puisqu’il date de 2002, mais contient malgré tout de nombreuses informations [25]

Approche intégrative du déficit d'attention

Ces nombreuses données et observations ouvrent la porte à de multiples possibilités thérapeutiques. Celles-ci peuvent cependant nous laisser désemparés face à l’impossibilité de toutes les appliquer, et déterminer les priorités n’est pas aisé. Nous proposons ici une stratégie, à titre d’exemple, qui tente de hiérarchiser les solutions dans le but de les personnaliser vers un objectif durable.

❏ POUR LES ENFANTS :
Cette stratégie s’applique dans toutes les situations où il y a des difficultés liées au défaut d’attention, à l’impulsivité, à l’hyperactivité. Le diagnostic de TDAH, s’il est effectué, n’est pas déterminant sur la démarche, dont les premières étapes s’adressent à tous les niveaux de difficulté. Les quatre étapes suivantes, idéalement, sont à aborder successivement, chacune n’étant nécessaire qu’après l’échec ou l’insuffisance de la précédente.

  1. Considérer l’environnement relationnel dans la famille et prendre en compte ce qui est perturbant pour l’enfant, en cherchant les meilleures solutions. Une thérapie familiale peut être envisagée. Les parents sont invités à intégrer une attitude bénéfique pour les enfants en général et plus particulièrement ceux qui ont des difficultés de type TDAH : exercer une autorité juste dans un cadre structurant, tout en manifestant des renforcements positifs qui valorisent l’être. Dans l’idéal, les enseignants devraient également adopter cette attitude.
  2. Revoir autant que possible l’alimentation et le mode de vie. Les grands piliers de la nutrition santé : choix de glucides à charge glycémique basse, optimisation de la qualité des lipides avec un maximum d’acides gras polyinsaturés et plus particulièrement des oméga 3 végétaux et animaux (poissons), apport maximal de fruits, légumes et graines oléagineuses, évitement autant que possible des xénobiotiques (pesticides et additifs alimentaires), ce qui invite à une cuisine familiale avec des produits naturels. Cette démarche, associée à une activité physique suffisante, est bénéfique pour tous et devrait avant tout être adoptée par les parents. Elle a une action préventive pour chacun(e) et des effets bénéfiques en cas de TDAH.
  3. Si le budget de la famille le permet, avoir recours aux techniques d’accompagnement qui semblent bénéfiques à la problématique de l’enfant (psychothérapie, neurofeedback, approche Tomatis…) et/ou utiliser des produits de santé naturels en consultant un professionnel compétent pour les choisir.
  4. En cas d’échec des solutions précédentes ou d’impossibilité de financer les soins et produits non remboursés, envisager le traitement au méthylphénidate, en limitant les prises aux périodes les plus difficiles (scolarité notamment, ou lorsque les parents ne s’en sortent plus et sont épuisés).

❏ POUR LES ADULTES :
La difficulté pour les adultes est d’avoir un diagnostic clair de la situation, et la part du déficit d’attention dans les difficultés rencontrées. Un TDAH dans sa forme habituelle existait déjà en enfance, au cours de laquelle il a pu échapper au diagnostic. Cet élément est à considérer.

Face à une difficulté dans laquelle apparaît le déficit d’attention, la démarche pourrait être la suivante :

  1. Évaluer le TDAH à partir de tests validés, ou idéalement auprès d’un professionnel compétent en ce domaine, qui sont rares. Dans la logique médicale, le diagnostic est réservé aux psychiatres et aux neurologues.
  2. Faire un bilan psychologique qui évalue la part de la personnalité et du mode de vie de la personne dans son défaut d’attention. Un bilan nutritionnel est également utile pour évaluer la capacité de l’alimentation à répondre aux besoins du cerveau.
  3. À partir du bilan psychologique et nutritionnel, lister les différentes possibilités de changement bénéfiques et évaluer avec la personne celles qu’elle se sent en mesure d’entreprendre.
  4. Si le budget le permet, envisager un soutien par des produits de santé naturels répondant à la difficulté.
  5. Si le diagnostic TDAH est établi, pour bénéficier d’une amélioration rapide, ou en cas d’insuffisance des solutions précédentes, envisager un traitement médicamenteux qui sera prescrit par un psychiatre ou neurologue qui a établi ou validé le diagnostic

Rérérences

  1. 1. Les biais incontournables du TDAH
  2. M Lecendreux, & al : Prevalence of attention deficit hyperactivity disorder and associated features among children in France. Journal Of Attention Disorders, 2011, 15(6), 516-524.
  3. HAS : Questions réponses sur le TDAH, février 2015
  4. Plomb et TDAH – Psychomédia 2010
  5. Sébastien Bohler : Le bug humain – Robert Laffont, 2019
  6. Les effets de la technologie numérique sur l’attention
  7. Diagnostic selon DSM-5
  8. 6 types TDHA, Nutranews 2004
  9. Conners Comprehensive Behavior Rating Scales
  10. L’hyperactivité des adultes enfin reconnue – Sciences et avenir n°898 p.70 – décembre 2001
  11. Site : Vivre avec le TDAH à l’âge adulte
  12. Programme d’entraînement aux habiletés parentales de Barkley
  13. Guide pour les enseignants – Dr Louis Vera 2015
  14. Forum meamedica sur Ritaline
  15. Brochure patient Méthylphénidate
  16. Atomoxétine (Strattera) Hyperactivité avec déficit de l’attention : pas mieux que le méthylphénidate – Revue Prescrire 2009, 29(312) : p. 731-735.
  17. TCC et TDAH
  18. Évaluation de l’efficacité des thérapies sur le TDAH adulte
  19. Neurofeedback et TDAH
  20. Domaines d’application de la méthode Tomatis
  21. Y. Wang, Y& al : Iron Status in Attention-Deficit/Hyperactivity Disorder : A Systematic Review and Meta-Analysis. PLoS One 2017, 12(1)
  22. Konofal E, Lecendreux M, et al. : Effects of iron supplementation on attention deficit hyperactivity disorder in children.  Pediatr Neurol. 2008, 8(1):20-6
  23. Le fer : une zone étroite de stabilité entre déficit et excès
  24. Effets du Zinc et du Magnésium sur le TDAH
  25. Société canadienne de pédiatrie : Le recours à la médecine parallèle dans le traitement des enfants atteints de trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité – 2002
  26. Additifs alimentaires et TDAH – Psychomédia 2007
  27. Témoignage de l’effet du régime Seignalet sur le TDAH > https://jacquelinelagace.net/2012/12/02/un-temoignage-impressionnant-dune-mere-tdah/
  28. S. Hirayama & al : The effect of phosphatidylserine administration on memory and symptoms of attention-deficit hyperactivity disorder: a randomised, double-blind, placebo-controlled clinical trial– J Hum Nutr Diet. mars 2013
  29. Florence Demay-Nicaise : Evaluation des propriétés physiologiques et toxicologiques de la cyanobactérie « Aphanizomenon flos-aquae » – Mémoire pour l’obtention de la licence professionnelle Essais Cliniques et Validation en formation continue sur le thème « physiologie et micronutriments » – Université de Poitiers 2010
  30. UP Dave & al. : An open-label study to elucidate the effects of standardized Bacopa monnieri extract in the management of symptoms of attention-deficit hyperactivity disorder in children – Adv Mind Body Med. 2014, 28(2) : 10-5

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