Les traumatismes et leurs impacts sur l’existence
Sommaire
Les traumatismes sont des évènements fréquents. Plus de 2 personnes sur 3 en ont vécu ou en vivront au moins un au cours de leur vie, selon l’OMS.
Les traumatismes concernent aussi bien des évènements ponctuels tels que la perte violente d’un proche, une agression, un accident, la guerre, du harcèlement, un viol, des catastrophes naturelles… que des situations de vie plus longues telles que de la maltraitance, de la négligence et/ou des abus notamment durant l’enfance.
Les premières concernées sont les personnes qui vivent le trauma. Celles qui en sont témoin, ainsi que certaines professions exposées à des situations traumatisantes (pompiers, policiers, secouristes, soignants primo intervenants…) en souffrent également.
1. Le stress est le facteur commun à tout traumatisme
Le stress est un état physiologique qui se met en place quand un organisme n’a pas les ressources biologiques ou psychiques pour faire face à une situation.
Il provoque un état de tension qui affecte les différents systèmes : nerveux, endocriniens, cardiovasculaires, musculo squelettiques, respiratoire, gastro intestinal et reproducteur.
La souffrance morale inhérente aux manifestations des traumatismes peut entrainer divers troubles : dépressifs, anxieux, mais aussi des addictions, des idées suicidaires, de l’épuisement et troubles somatiques.
Le stress aigu entraine souvent une sidération et comprend des manifestations telles qu’on peut les connaître lors des crises d’angoisse : déréalisation, dépersonnalisation, et manifestations somatiques : accélération du rythme cardiaque et respiratoire, sudation, tremblements, tensions musculaires…
2. Le syndrome de stress post-traumatique (SSPT)
Habituellement, un événement traumatique active de la peur, voire de la frayeur, et de la sidération. Cette émotion va s’imprimer dans notre cerveau. Dans la plupart des cas, cette marque va s’atténuer, car la destinée naturelle d’une émotion est de nous traverser, puis de cesser.
Cependant, 6 % des personnes développeront un syndrome de stress traumatique avec des manifestations marquées : reviviscences (surgissement intempestif de souvenirs traumatiques), hypervigilance, sursauts, évitements, isolement, crises d’angoisse, douleurs, troubles de l’humeur, de la concentration et de la mémoire, cauchemars.
Dans ce cas, l’atténuation de l’impact ne se fait pas au fil du temps, et le cerveau reste dans un état de peur et d’alerte persistant.
3. Le traumatisme active certaines régions cérébrales et laisse des traces dans le cerveau
Lors d’un choc traumatique, l’amygdale cérébrale en alerte maximale, active un sentiment de peur intense. En même temps, l’hippocampe (une autre structure proche de l’amygdale) mémorise un ensemble de données : l’événement, le lieu, les perceptions sensorielles, et le contexte. Ces deux structures cérébrales étant connectées, des réactivations se déclencheront de manière automatique dès lors qu’un élément de l’environnement actuel renverra à la mémoire du traumatisme, par résonnance entre cet élément déclencheur, et un autre, comparable, associé à l’environnement du traumatisme. Par exemple une personne violée au son d’une musique peut réagir en entendant une sonorité semblable et très fortement si c’est la même musique.
Parfois, l’anxiété se généralise et réveille la peur initiale, dans des situations ayant peu de ressemblance avec l’évènement traumatique. En l’absence de signaux environnementaux, de simples pensées peuvent réactiver le circuit de la peur. Le cortex préfrontal, qui régule les émotions et contrôle l’amygdale, ne parvient alors plus à remplir son rôle et la peur se généralise.
Peut-on empêcher ou limiter la mémorisation d’un circuit de la peur après un traumatisme ? De récentes études ont montré un effet favorable en ce sens avec une administration rapide, dans les 3 jours, et idéalement dans les heures suivantes après le choc traumatique, d’un antidépresseur de la classe ISRS (inhibiteur sélectif de recapture de la sérotonine).
4. Les facteurs de risque de développer un SSPT
Nous ne sommes pas tous égaux dans la fragilité à développer un stress post-traumatique après un évènement difficile. La génétique, l’éducation, l’entourage, la personnalité, la culture, l’environnement, sont des facteurs de risque ou de résilience.
Plusieurs facteurs qui amplifient le risque sont connus :
– L’intensité de l’évènement et la proximité avec le danger
– La manière dont il est vécu intérieurement qui varie selon notre sensibilité, notre histoire personnelle et le contexte.
– Des facteurs de risques généraux : un passé de maltraitance infantile, des comorbidité (troubles psychiques, vulnérabilité biologique), l’âge
– Le manque de soutien après l’évènement, psychologique, social, familial
Deux éléments majeurs jouent un rôle de régulation et de protection : L’attachement sécure aux parents dans la petite enfance, ainsi que la capacité à s’exprimer par la parole. Parler libère et module les émotions, permettant une extinction de l’amygdale et une reconfiguration cérébrale.
5. Les conséquences indirectes d’un SSPT
Plus les évènements traumatiques sont précoces, moins les enfants ont la possibilité de se structurer sainement. Comme il leur est difficile de verbaliser, ils peuvent manifester des troubles tels que l’eczéma, les troubles digestifs, du sommeil, de l’alimentation, de la concentration. Ces signes sont des alertes.
Les adolescents peuvent présenter des troubles des conduites avec notamment des comportements à risque.
Chez les adultes, on observe diverses expressions somatiques et fonctionnelles : difficulté à gérer le stress, troubles cardio-vasculaires, inflammation chronique, douleurs diverses…
6. Le piège des évitements
Les situations évoquant le trauma entrainent de l’anxiété, voire des crises d’angoisse. Il est alors logique de développer une stratégie protectrice en évitant de se retrouver confronté aux situations anxiogènes. Cependant, ce mécanisme d’évitement renforce la peur sur le long terme, le cerveau ne pouvant intégrer de nouvelles informations rassurantes susceptibles d’atténuer la peur.
Le stress est à la base une réaction adaptée et naturelle pour faire face. Une extension de la théorie de l’hormèse (1) étayée par plusieurs publications récentes stipule qu’une petite exposition à certains stress mineurs dans l’enfance protègerait ultérieurement des stress plus importants. Notre esprit, en apprenant à se défendre, deviendrait ainsi plus apte à affronter des situations difficiles.
7. L’amnésie traumatique
La question de la fiabilité du souvenir des traumatismes se pose et n’est pas tranchée.
Certains spécialistes défendent l’idée que la mémoire serait différée, et que le souvenir d’un traumatisme pourrait ressurgir des années après l’événement traumatique. On parle d’amnésie dissociative. Suite à un traumatisme précoce, le souvenir est enfoui, permettant de s’en protéger. La dissociation aurait alors pour fonction de se soustraire au traumatisme lorsqu’il est impossible de s’en échapper physiquement.
Pour d’autres, ces résurgences sont probablement de faux souvenirs. Le scepticisme au sujet de ce concept d’amnésie traumatique, s’appuie sur le fait que la mémoire n’est pas fiable et que la fabrique de faux souvenirs est aisée.
Les deux mécanismes ne sont pas incompatibles. Le fait qu’il y ait amnésie et résurgence de souvenirs n’implique pas que les ceux-ci soient entièrement vrais. Toute la difficulté est alors de démêler le vrai du faux, avec parfois l’impossibilité de vérifier. Et il n’y a alors pas d’autre possibilité que faire avec ce que l’on va considérer comme vrai dans ce qui a été vécu, pour soi, toit en étant bien conscient que cela ne peut pas être affirmé comme vérité autour de soi.
Les traitements du SSPT
On recense particulièrement 4 grands types de prise en charge : la psychothérapie, l’EMDR, les médicaments et les thérapies d’exposition. Des approches expérimentales utilisent le propranolol ou des psychédéliques.
- Désapprendre la peur passe souvent par des expositions répétées, graduelles et prolongées, que l’on utilise notamment dans les TCC. Cela peut se faire d’abord par imagination, en réalité virtuelle ou en situation réelle. Cependant, dans la moitié des cas il y a une résistance à ces approches ou une rechute après un temps d’amélioration.
- La thérapie EMDR permet de dépasser ces difficultés, avec cependant des rechutes possibles dans lesquelles des évènements réactivent la peur traumatique initiale.
- Des approches telles que l’écriture aident à sortir du trauma. L’accompagnement par un thérapeute est nécessaire afin de sortir des ruminations. Il n’est pas nécessaire d’écrire sur le trauma, mais parfois sur des sujets anodins. Il semblerait que les bénéfices soient similaires dans les deux cas.
- La technique de « l’oubli actif » consiste à délaisser des pensées ou des souvenirs douloureux par différentes techniques : « distraction choisie » (utiliser un ancrage sensoriel, substituer une autre pensée, modifier la représentation du souvenir…), la pratique de la méditation pleine conscience, la restructuration cognitive, la prise du recul, l’acceptation et l’engagement dans ce qui compte pour nous. Ces pratiques lorsqu’elles sont régulièrement répétées désactivent progressivement les connexions délétères.
- Les antidépresseurs ISRS pris en continu diminuent le risque de rechute, mais l’effet est directement dépendant du traitement et l’arrêt entraine possiblement la réapparition des symptômes.
- Les corticoïdes administrés très tôt et les bétabloquants semblent prometteurs, ainsi que certains psychédéliques.
- Une piste non invasive est en expérimentation pour les cas résistants aux traitement habituels : la stimulation magnétique transcrânienne. Cette intervention bloquerait la réapparition de la peur et permettrait une stabilisation durable.
9. Les répercussions transgénérationnelles
Des études et observations ont montré que les enfants des survivants de l’holocauste ont souffert de manière accrue de tristesse, de culpabilité et d’anxiété, ainsi que de difficultés relationnelles avec les proches. Ils subissaient des intrusions d’images liées au génocide.
Dès la gestation, les bébés peuvent être affectés dans le ventre de leur mère. Il a même été observé des ovules marqués par le stress des décennies avant la conception ! Ce phénomène s’explique par des changements épigénétiques, c’est-à-dire l’influence de facteurs contextuels (environnement, état biologique ou psychologique général) sur l’expression de nos gènes. L’étude des caractéristiques de méthylation des gènes dans les situations de SSPT a pu objectiver la modification des ovocytes avant ovulation, et aussi une réversibilité de ces modifications par la thérapie.
Il est donc possible d’agir sur les empreintes biologiques des traumatismes, et couper la chaine de transmission de leur héritage.
10. Transmuter le traumatisme : une opportunité d'évolution
En mars 1987, le ferry Herald of Free Enterprise, a chaviré au large de Zeebruges (Belgique) avec 459 passagers à bord dont 193 ont péri (2). Diverses études ont été réalisées sur les survivants, et il a été montré que 43 % d’entre eux ont ressenti des effets bénéfiques au cours du temps : le fait d’apprécier la vie encore plus qu’avant, le développement de plus de force intérieure et de confiance, des relations plus authentiques et des objectifs qui ont plus de sens, plus de valeur, un niveau de conscience est plus profond. Il a aussi été observé que ces personnes ont tendance à orienter leur intérêt vers le bien-être d’autrui, et cultiver une existence avec une orientation philosophique ou spirituelle.
La « croissance traumatique » permettrait donc, pour près de la moitié des personnes, de voir le monde et les liens sociaux sous un jour nouveau. Cette transformation post-traumatique, suite à la traversée de la souffrance, amène un remaniement profond de l’identité. Cette transition peut s’effectuer en entrant dans l’acceptation et la reconnaissance de ce qui a été vécu.
Quand le traumatisme est collectif (catastrophe naturelle, épidémie…) la solidarité émerge, les liens se renforcent, l’altruisme, la coopération, l’amitié, l’entraide prennent l’ascendant sur l’individualisme et la compétition.
11. Le SSPT en psychothérapie
Une situation traumatique dépend de l’évènement, de la personne qui le subit, de l’état dans lequel elle se trouvait au moment où l’événement a eu lieu, et de celui qu’elle présente aujourd’hui. Il y a donc de multiples situations singulières, et aucune solution générale que l’on peut appliquer comme le traitement standard d’une maladie.
Il y a aussi différentes solutions à adapter à chacun.
Accompagner un SSPT est donc une approche personnalisée dans laquelle la qualité relationnelle est majeure (3) : écouter, interroger délicatement pour éclaircir la situation, stabiliser l’état émotionnel, proposer des solutions, observer et échanger pour en vérifier la pertinence, puis mettre en œuvre ce qui a été conjointement choisi.
Rérérences
1. L’hormèse est un principe biologique qui décrit la réponse d’un organisme à de faibles doses de stress ou de stimuli potentiellement nocifs à haute dose. Au lieu d’être nuisibles, ces stimuli légers déclenchent des réponses adaptatives qui renforcent l’organisme, le rendant plus résistant aux événements stressants futurs.
2. Le naufrage du Herald of Free Enterprise
3. La relation, pierre angulaire du soin
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4 réponses
Cet exposé est vraiment très intéressant, expliqué avec clarté, permet de comprendre une partie de nos actions-réactions suite à un trauma, merci pour cette publication.
Je trouve cet article très clair et très éclairant!
Et merci d’écrire sur ces sujets complexes mais non moins intéressants 😉
Qu’en est il de l’EFT ?
J’accompagne régulièrement des personnes avec des traumas divers et variés, parfois très lourds, et qui, pour certains, présentent indéniablement un SSPT.
Jamais aucun client ne m’a fait mentionné une résurgence de symptômes. Il semblerait que ce qui est apaisé et nettoyé ne revient pas.
Pouvez vous me dire ce que vous pensez de cet outil ?
En effet, l’EFT est intéressante à utiliser dans le cadre d’une psychothérapie avec un(e) professionnel(le) formé(e) au psychotraumatisme. Malgré les études dont cette approche a fait l’objet, elle reste encore assez « marginale » et peu connue du monde médical et de la psychologie.